Coup d’oeil sur la rentrée théâtrale à Québec

À Québec, Maryse Lapierre assurera la mise en scène de Quinze façons de te retrouver et des Glaces. Olivier Arteau pilotera de son côté L’éveil du printemps.
Photo: Francis Vachon Le Devoir À Québec, Maryse Lapierre assurera la mise en scène de Quinze façons de te retrouver et des Glaces. Olivier Arteau pilotera de son côté L’éveil du printemps.

La saison théâtrale qui s’amorce à Québec déploie de nombreux titres manifestement désireux de creuser la question de ce qui nous lie : cela dans l’habituelle dimension du registre amoureux, mais dans ses déclinaisons sociale ou familiale tout autant. Côté répertoire aussi bien que création, la question de ce qui tient ensemble les humains apparaît cet hiver particulièrement sensible.

Ce sera le cas avec L’éveil du printemps de Frank Wedekind, en ouverture au Trident. La satire dramatique isole la question de l’attachement sous son angle le plus corporel : celui du lien amoureux, voire strictement sexuel. Le texte de 1891, sur l’adolescence et l’éveil du désir, avait fait scandale à l’époque ; il sera intéressant de voir comment le metteur en scène Olivier Arteau traitera ce texte censuré à sa création à une époque qui, loin du règne autoritaire de Guillaume 1er, encourage plutôt la satisfaction des pulsions.

Rebelote par ailleurs avec N’essuie jamais de larmes sans gants, le roman (2012-2013) de Jonas Gardell qui prendra les mêmes planches en mars. L’adaptation de Véronique Côté transposera le récit de ces deux hommes dans le Stockholm des années sida. Dans une mise en scène d’Alexandre Fecteau à la vaste distribution, la pièce retracera les défis et les écueils de leur amour en même temps que les conséquences de l’épidémie de VIH sur la communauté homosexuelle suédoise du début des années 1980.

Les enjeux du lien amoureux ouvrent par ailleurs également la saison de La Bordée avec Les glaces, en arrêt dans Saint-Roch après le passage à La Licorne cet automne. Le texte de Rébecca Déraspe, mis en scène par Maryse Lapierre, retrace le retour sur son passé d’un homme qui, accusé d’agression sexuelle, rentre dans son Bas-du-Fleuve natal pour revisiter des événements survenus vingt-cinq ans plus tôt. Les rapports de la sphère intime se trouveront scrutés, ici, sous l’angle très actuel du consentement.

Par-delà les rapports vécus derrière les portes closes, le lien renvoie aussi bien toutefois à ce que nous parvenons à créer socialement. Ainsi le 34B, mis en scène par Marie-Josée Bastien, qui viendra clore en avril la saison de la même Bordée. Le texte d’Isabelle Hubert déploie une fresque sur six générations autour de la solidarité ouvrière dans une manufacture de lingerie de la basse-ville, autour de femmes peu scolarisées qui se rassemblent pour créer des liens, pour prendre en main leur destin.

C’est le même souci pour ce que nous arrivons à bâtir collectivement qui ouvre par ailleurs la saison au Périscope. Sur une anecdote de rencontre fortuite avec une étrangère, Je veux participer au chaos interrogera le rapport distant que nous entretenons, à l’ère du village global, les uns aux autres. Jouant une « recherche punk sur notre conscience de l’autre », le projet d’Eliot Laprise creusera le lien qui peut unir des étrangers, lorsque tombent les barrières du quotidien et qu’apparaissent des humains.

Et la famille, bien sûr

Si flotte dans l’air la question du type de relations que nous arrivons à bâtir, celle-ci trouve naturellement des échos du côté de la famille, lieu des premiers attachements — à commencer par la transposition pour les planches de Gaz Bar Blues que proposera La Bordée en février, après son passage chez Duceppe. Adapté au théâtre par David Laurin dans une mise en scène d’Édith Patenaude, le film de Louis Bélanger faisait le récit d’un homme et de ses fils dans un milieu modeste, l’un des plus touchants qu’ait produits le cinéma québécois.

La famille sera encore au centre des préoccupations avec D.écimées, en mars au Périscope. Le texte de Marie-Eve Chabot Lortie, également à la mise en scène, proposera une approche documentaire autour de l’application du projet de loi 113, lequel modifiait dans les dernières années les règles québécoises en matière de confidentialité dans les dossiers d’adoption. La pièce suit les interrogations d’une femme qui, apprenant que sa mère a été adoptée, lancera une exploration tardive sur celle qui l’a mise au monde.

Albane, qui ouvre de son côté la saison chez Premier Acte, prend également le cadre de la famille pour terrain de jeu. Sur une note plus tragique, la pièce filera le récit de trois enfants dont seul le premier n’a pas été adopté ; la tranquille rivière familiale est appelée à sortir de son lit lorsque le premier des garçons tue le dernier. Sur un texte et une mise en scène d’Odile Gagné-Roy, le spectacle proposera une exploration de la brutalité et de la violence passée de génération en génération.

Nouvelle quête située dans la sphère familiale, Quinze façons de te retrouver, pour sa part, prendra finalement la question du lien sous l’angle sororal. Dans une seconde mise en scène de Maryse Lapierre sur la marquise hivernale, la pièce suivra les plans d’une femme pour retrouver son unique soeur. Le texte d’Anne-Marie Olivier, à la façon d’une boucle refermée, viendra clore la dernière saison pilotée par celle-ci à la direction artistique du Trident.

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