«Choeur battant»: un devoir d’espoir

Une scène de la pièce Choeur battant
Photo: David Ospina Une scène de la pièce Choeur battant

Parmi les propositions en théâtre jeunesse cette saison, Marie-Ève Huot, directrice artistique du Carrousel, explore avec audace et espoir l’univers de six jeunes qui dévoilent les profondeurs et la complexité de l’adolescence. Après deux ans de pandémie, le corps et la parole se libèrent pour enfin faire surgir la lumière.

En 2020, Marie-Ève Huot est happée par les chiffres statistiques qui révèlent que la première cause de mortalité chez les jeunes canadiens de 10 ans et plus est le suicide. « Ça m’a bouleversée. Et j’étais obsédée par ça », raconte-t-elle au téléphone. Au même moment, elle se promenait dans les classes, animait des ateliers, questionnait les jeunes au sujet de la solitude et ressentait plus que jamais un sentiment très fort d’isolement. « Les jeunes étaient pris en étau. Ils savaient bien qu’il fallait faire attention, mais en même temps, ils avaient plus que jamais besoin d’être ensemble dans cette tourmente-là qu’on traversait […] Je me disais qu’il fallait faire quelque chose […]. » L’envie d’écrire sur le sujet a mené Mme Huot du côté du théâtre Bronx à Bruxelles où on lui a proposé de travailler avec la chorégraphe Zoë Demoustier, qui réfléchissait, étonnamment, aux mêmes questions. Ensemble, elles ont recueilli les témoignages de nombreux jeunes racontant comment ils vivaient leur adolescence.

C’est ainsi que Choeur battant a vu le jour. Un tout nouveau projet, un ovni dira Marie-Ève Huot, dans le parcours du Carrousel et dans le sien. « Ce qui est formidable et aussi vertigineux avec ce projet c’est qu’on n’est pas dans du théâtre conventionnel comme on le connaît au Québec. D’abord, ce n’est pas le texte qui est au coeur de la proposition, mais le corps des acteurs. De six acteurs adolescents. Le spectacle répond à cette question qu’on s’est posée : qu’est-ce que ça veut dire avoir 15 ans, 16 ans, 17 ans en 2022 ? » Dans une chorégraphie imaginée par Zoë Demoustier, dirigée sur scène par Marie-Gabrielle Ménard, les comédiens amateurs, vibrent, réagissent, se balancent au rythme d’une trame sonore réalisée à partir de tous les extraits d’entrevues réalisées auprès des jeunes. « On a fait éclater le plafond de verre du théâtre jeune public et on convie les adolescents à une expérience qui leur ressemble. On n’est même plus dans le théâtre miroir, on est presque dans la vraie vie […]. C’est un processus de création complètement différent de tous ceux que j’ai traversés jusqu’à maintenant, qui met la parole et le corps des jeunes en lumière. Ce sont eux qui sont vraiment la vedette », raconte, emballée, Marie-Ève Huot.

Faire vivre l’espoir

Tout premier projet qu’elle choisit en tant que directrice artistique unique au Carrousel, Choeur battant traduit une volonté de la maison de s’ouvrir, de réfléchir autrement, sans bien sûr délaisser le bagage qui fait la force de ce théâtre fondé par Suzanne Lebeau et Gervais Gaudreault. « Suzanne et Gervais m’ont tout donné, m’ont transmis un paquet de valeurs que je porte et que je porterai très, très longtemps. Une vision, une manière d’entrer dans le travail, une rigueur de pensée et un devoir de considération pour ce qu’est l’enfant, sa place dans la société […] Mais moi, maintenant, j’ai la responsabilité d’être une femme de mon époque […] dans laquelle on ne peut plus faire le théâtre comme on le faisait. Les sujets ne peuvent plus être traités de la même façon. »

Abordant les nombreuses difficultés auxquelles ont à faire face les adolescents et leur lucidité vis-à-vis de ces réalités, Huot souligne l’importance de mettre en lumière plus que jamais les liens entre les humains. L’expérience de Choeur battanttraduit justement cette volonté « d’être avec l’autre […] d’apprendre l’un de l’autre […] Et c’est là, je pense, que résident l’espoir et aussi notre capacité à avoir un esprit critique […] Parce que quand tu critiques […] c’est que tu poses des questions et tu dis que tu peux faire changer les choses. C’est une toute petite goutte d’eau dans l’océan, mais cette goutte-là, elle compte. Il est là, notre devoir d’espoir. De leur dire qu’ils peuvent faire changer les choses, du moment où ils s’engagent avec leur corps, avec leur coeur, avec leur tête et avec leur esprit », conclut, avec espoir, Marie-Ève Huot.

À voir aussi cet hiver

Brillante, écrit et mis en scène par Clara Prévost, s’offre comme un conte pour tous dans lequel un groupe d’enfants et d’adolescents errent à la recherche de sens et d’espoir. À la salle Fred-Barry, du 17 janvier au 4 février.

Le duo composé d’Élie Marchand et de Marie-Ève Lefebvre propose Soeurs sirènes, une rencontre inattendue entre Charli, athlète, et Agnès, une jeune fille en réadaptation. À la Maison Théâtre, du 7 au 19 mars (8-12 ans).

La cuvée 2023 du Scriptarium se fera sous l’oeil attentif de la cinéaste Kim O’Bomsawin, qui demande aux jeunes de réfléchir à la notion d’origine. Le spectacle sera présenté au théâtre Denise-Pelletier du 20 avril au 5 mai et au théâtre Les Gros Becs du 10 au 12 mai.

Choeur battant/Beating Choir

Chorégraphie et mise en scène : Zoë Demoustier. Dramaturgie : Marie-Ève Huot. Une coproduction du Carrousel et du Théâtre Bronks. À la Maison Théâtre, du 14 au 23 avril. Pour les adolescents de 12 à 17 ans.



À voir en vidéo