«La mélodie du bonheur»: de cime en cime

Dès les premières minutes, on est ébloui par la beauté des images, dont des aquarelles émouvantes qui se meuvent sur de larges pans d’écrans DEL.
Photo: Eric Myre Dès les premières minutes, on est ébloui par la beauté des images, dont des aquarelles émouvantes qui se meuvent sur de larges pans d’écrans DEL.

S’il est une comédie musicale qui mérite d’être qualifiée de réconfortante, toute désignée pour la période des Fêtes, c’est certainement La mélodie du bonheur. Créé sur Broadway en 1959 et porté au grand écran en 1965 avec Julie Andrews et Christopher Plummer, le chef-d’oeuvre de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein occupe une place de choix dans les souvenirs d’enfance de plusieurs. Douze ans après la mise en scène plutôt conformiste de Denise Filiatrault, Gregory Charles embrasse le classique avec tout le savoir-faire, la sensibilité et le professionnalisme qu’on lui connaît.

Produit par un consortium réunissant une dizaine d’intervenants, selon un modèle qui s’apparente à celui en vigueur sur Broadway, le spectacle, présenté au théâtre St-Denis avant de l’être à la salle Albert-Rousseau, donne à contempler, à entendre et à ressentir les moyens dont il a bénéficié. Voilà qui rappelle de manière éclatante que l’argent fournit bien souvent des ailes aux artistes qui ont déjà le talent.

Dès les premières minutes, on est ébloui par la beauté des images : verdoyants paysages et grandioses architectures, des aquarelles émouvantes qui se meuvent sur de larges pans d’écrans DEL. Tout en adoptant une esthétique qui évoque celle des expositions immersives qui ont actuellement la cote, les concepteurs de Lüz Studio font preuve d’une retenue qui les honore. Ainsi débarrassé de tous changements de décor fastidieux, le spectacle gagne en fluidité, en fraîcheur et en poésie. Gregory Charles ose même briser habilement le quatrième mur à quelques reprises. Au diapason, pour ainsi dire affranchi du folklore autrichien, les costumes de Marie-Chantal Vaillancourt entretiennent un harmonieux dialogue chromatique avec leur environnement.

En hauteur, de part et d’autre du plateau, dix musiciens sous la direction de Jacob Roberge font entendre la splendeur des compositions et la richesse des arrangements. Incarnant la baronne et le producteur, des personnages pour le moins opportunistes, Éveline Gélinas et Éric Thériault sont truculents. Dans les sobres habits de la mère abbesse, Monique Pagé procure avec sa voix puissante de grands frissons. Le soir de la première, les jeunes qui interprétaient les enfants von Trapp n’étaient pas tous aussi à l’aise sur scène, mais ils étaient tous aussi mignons, et leurs voix, notamment dans les harmoniques, présentaient une admirable justesse. Exécutant les jolies chorégraphies d’Edith Collin-Marcoux sous le regard bienveillant d’Audrey-Louise Beauséjour, qui incarne Liesl, celle qui découvre l’amour à « 16 ans et bientôt 17 », les enfants mettent rapidement le public dans leur poche.

Formée en chant lyrique, Klara Martel-Laroche n’est peut-être pas la plus chaleureuse des Maria, mais son dynamisme est incontestable, les portions dialoguées ne la déstabilisent pas, et sa voix est aussi ample que solide. Plus jeune et moins imposant que la plupart des interprètes qui se sont vu offrir le rôle du Capitaine — un choix audacieux qui modifie de manière fort intéressante le rapport de pouvoir entre les amoureux —, Éric Paulhus parvient, grâce à son jeu nuancé et à sa voix profonde, à relever haut la main un pari qui n’était pas gagné d’avance.

Au coeur de cette oeuvre créée il y a plus de 60 ans, qui dépeint la montée du nazisme dans l’Autriche de 1938, on trouve un message de liberté et de solidarité qui n’a pas pris une ride. Si bien qu’on sort du théâtre St-Denis non seulement en chantonnant, mais également en étant persuadés de l’importance de rester fidèle à ses convictions et à ses sentiments, déterminés à gravir les montagnes pour suivre l’amour et la vérité… de cime en cime.

La mélodie du bonheur

Musique : Richard Rodgers. Paroles : Oscar Hammerstein II. Livret : Howard Lindsay et Russel Crouse. Mise en scène : Gregory Charles. Une présentation de Production Mélodie. Au théâtre St-Denis jusqu’au 14 janvier, puis à la salle Albert-Rousseau du 4 au 20 août . Notez que quelques représentations montréalaises sont données en anglais.

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