Décès de l’homme de théâtre Serge Marois

Image tirée d’une entrevue avec Serge Marois, à l’occasion des 40 ans de «L’Arrière Scène».
Photo: «L’Arrière Scène», capture d'écran Viméo Image tirée d’une entrevue avec Serge Marois, à l’occasion des 40 ans de «L’Arrière Scène».

L’homme de théâtre Serge Marois, spécialisé en théâtre pour l’enfance et la jeunesse, est décédé le 2 décembre. Metteur en scène, cofondateur du centre dramatique pour l’enfance et la jeunesse L’Arrière Scène, à Beloeil, créé en 1976, M. Marois a aussi signé comme auteur plus d’une quarantaine de pièces.

« L’importance de Serge Marois, c’est qu’il a été un des premiers à décentraliser le théâtre jeunesse au Québec, à le sortir des îles de Montréal et de Québec », a précisé le collègue retraité du Devoir Michel Bélair, spécialiste du théâtre jeune public.

« À l’époque où il a commencé, il n’y avait vraiment pas grand monde qui croyait au théâtre jeunesse. » En 1967, alors qu’il n’a que 19 ans, Serge Marois fonde la compagnie L’Arabesque, une des premières au Québec à s’intéresser spécifiquement au jeune public. De L’Arabesque, avec Stéphane et Marie-Andrée Leclerc, M. Marois, a créé L’Arrière Scène.

C’est dans un café-théâtre, Le Pont tournant, que se déploient les premières programmations. En 1982, la compagnie déménage au Centre culturel de Beloeil. L’Arrière Scène est le premier producteur-diffuseur spécialisé en théâtre jeune public au Québec.

L’Arrière Scène accueille des pièces en tournée, du Québec ou de l’étranger, et permet à des artistes d’ici de se risquer au théâtre jeunesse. En 1993, Wajdi Mouawad, en résidence, vient y créer son Alphonse. En 2001, Mouawad revient comme auteur, signant Pacamambo, qui tournera beaucoup, et qui donnera l’année suivante à L’Arrière Scène son premier prix Masque.

En 2007, l’auteur et comédien Simon Boulerice se joint à Serge Marois et la compagnie pour la première fois, sur la pièce Stanislas Walter LeGrand. Il y aura de nombreuses autres collaborations, alors que M. Boulerice signe les textes ou joue dans les pièces. Simon Boulerice sera d’ailleurs considéré pendant un long moment comme le dauphin naturel de Serge Marois, celui qui devrait prendre les rênes de la compagnie, avant d’être happé par sa carrière d’auteur et de communicateur.

Souvenirs de jeunesse et de famille

 

Auteur prolifique, Serge Marois aura signé plus d’une quarantaine de textes dramatiques, privilégiant le théâtre d’images. Michel Bélair, longtemps critique en théâtre jeune public, se souvient particulièrement des tout premiers textes de M. Marois, puis de sa Trilogie familiale, « quand il a replongé lui-même dans ses souvenirs d’enfance ».

Cette Trilogie, il l’entamait en 2009 avec La robe de ma mère en 2009 (mise en scène de Sylviane Fortuny), une pièce où se liait l’opéra. La critique du Devoir en disait à l’époque que c’était la plus belle pièce de Marois, une « ode à la fratrie sur fond de dévotion à la mère », « un texte lumineux d’intelligence et de subtilité. »

La série s’est poursuivie avec Les mains de mon père (2014, mise en scène de Denis Lavalou), sur les pères absents. Ma soeur (mise en scène de Jean-François Guilbault), présentée en première mondiale il y a un mois, concluait le cycle en abordant le deuil familial.

On y entend Marianne, la petite soeur de trois ans et demi morte depuis quarante ans. « Avant de naître, dit-elle, j’ai voyagé dans le ventre de toutes les femmes du monde. J’aurais pu naître dans un pays de sable et de mer, dans un pays où les hommes s’entretuent, dans un pays où les enfants ont peur et faim. J’étais ici au centre du monde, dans le lieu d’avant toutes les naissances et j’attendais un père. Il viendrait d’un pays immense, d’un pays riche où les enfants mangent et vont à l’école. »

Jean-François Guilbault a pris la direction artistique de L’Arrière Scène à la saison 2020-2021. Il assure la continuation, ainsi que la codirection générale avec Pascale Correïa.

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