Prendre la route du Nord

La pièce Veillées festives
Photo: François Larivière La pièce Veillées festives

Tout n’est pas perdu pour les nostalgiques des Contes urbains ou de leurs descendants, les Foirées montréalaises — qu’on pouvait voir à La Licorne jusqu’en 2019. Mais ils doivent désormais se rendre à Boisbriand pour recevoir leur ration de contes et d’ambiance saisonnière, grâce à la deuxième édition des Veillées festives. Une production du dynamique Petit Théâtre du Nord, qui ne se contente donc plus de créer une pièce inédite chaque été. Une nouvelle tradition est-elle née ?

La sympathique compagnie a concocté un spectacle qui l’est tout autant. La conviviale soirée est présentée au nouveau Centre de création, dans une disposition de l’espace scénique qui favorise une grande proximité avec le public. La formule marie contes inédits, quelques capsules historiques (photos d’archives à l’appui) et d’agréables moments chantés, accompagnés sur scène par le directeur musical Benoît Archambault. Mais ce spectacle très ancré dans son coin de pays, les Laurentides, est plutôt cohérent au final. En effet, afin de célébrer cette région au carrefour de différentes voies asphaltées, les textes, chansons incluses, sont organisés autour d’un thème : « tracer sa route ».

Chacun des trois directeurs du théâtre laurentien, qui y sont interprètes mais aussi auteurs, livre un court monologue lié à la route. Ainsi, le florilège de souvenirs de voyages familiaux, à avaler les kilomètres, que répertorie Sébastien Gauthier exhale un attachant parfum nostalgique. Il est aussi généralement question de périples automobiles, qui virent à l’imprévu, dans les contes fictifs, à saveur humoristique. Tels Noël sur la 640, de Nico Gagnon, et Redemption Song, de Martin Bellemare, où Luc Bourgeois campe, très savoureusement, plusieurs invités d’un party. Bénéficiant d’une mise en scène soignée de Benoît Vermeulen, le spectacle oscille entre la narration et le jeu, les contes comportant une théâtralité. Quelques personnages sont ainsi entendus en voix enregistrées.

Tracer sa route prend probablement un sens métaphorique dans le coloré et inclusif Marcel le flamboyant, de Marilou Leblanc, décliné avec entrain par Mélanie St-Laurent. La quatrième interprète, la jeune Marie Reid, fraîchement émoulue de l’École de théâtre du collège Lionel-Groulx, porte notamment avec expressivité — et une jolie voix chantée — un texte où on reconnaît la griffe féministe de Rébecca Déraspe. Ce savoureux Joyeux Noël, Fernande, qui raconte comment une jeune fille d’Hochelaga réussit à rejoindre son amoureux au loin, a tout d’un Conte urbain, avec son clin d’oeil à La chasse-galerie.

Nul besoin de recourir à un mode de transport aussi inusité. Mais Veillées festives vaut bien le petit trajet jusque dans les Basses-Laurentides.

Les Veillées festives

Textes: Martin Bellemare, Rébecca Déraspe, Nico Gagnon, Marilou Leblanc, Luc Bourgeois, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent. Mise en scène: Benoît Vermeulen. Au Centre de création de la Ville de Boisbriand, jusqu'au 17 décembre

 

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