Marie Brassard remporte le prix Siminovitch

La metteuse en scène Marie Brassard est l’une des rares Québécoises à avoir reçu cet honneur national.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La metteuse en scène Marie Brassard est l’une des rares Québécoises à avoir reçu cet honneur national.

La metteuse en scène Marie Brassard s’est vu jeudi décerner le prix Siminovitch, récompense la plus prestigieuse dans le milieu du théâtre au Canada, pour souligner l’ensemble de sa carrière. Marie Brassard devient ainsi l’une des rares Québécoises à avoir reçu cet honneur qui récompense chaque année des « artistes de théâtre novateurs dont le travail a renforcé le paysage théâtral canadien et fait évoluer cette forme d’expression artistique ».

« L’oeuvre de Marie est à la fois onirique, éphémère et actuelle, viscérale et percutante. Elle est reconnue pour le développement patient et minutieux de ses créations, pour son écoute profonde et pour sa capacité à tirer le meilleur de ses collaborateurs », a dit Guillermo Verdecchia, le président du jury du prix Siminovitch 2022, par voie de communiqué. Le jury est même allé jusqu’à décrire Marie Brassard comme « l’une des metteuses en scène les plus passionnantes et les plus intrépides du Canada ».

Marie Brassard, qui est également comédienne et autrice, a longtemps été associée à Robert Lepage avant de lancer en 2001 sa propre compagnie de théâtre, Infrarouge. On lui doit plusieurs pièces, comme Jimmy créature de rêve,Peepshow, Introduction à la violence, Moi qui me parle à moi-même dans le futur ou encore Éclipse. La plupart d’entre elles sont des monologues, qu’elle écrit, met en scène et joue. Plusieurs de ses spectacles ont été présentés à l’étranger.

Elle a aussi assuré la mise en scène de La fureur de ce que je pense, inspirée par l’oeuvre de Nelly Arcan. La pièce a été remontée d’ailleurs cette année. Elle est à l’affiche de l’Espace Go jusqu’à samedi et sera présentée la semaine prochaine au Diamant, à Québec. On a pu voir Marie Brassard au cinéma dans les films de Robert Lepage, mais également dans ceux de Denis Côté, et plus récemment dans Viking de Stéphane Lafleur.

Honneur partagé

 

En entrevue au Devoir, la Trifluvienne d’origine s’est dite honorée d’être la lauréate du prix. « Je ne m’y attendais pas. Ça me touche énormément. C’est un geste de confiance. En plus, c’est un prix qui est très généreux. C’est un coup de pouce de toutes les manières », a déclaré Marie Brassard, qui avait également été décorée en 2016 de l’Ordre des arts et des lettres du Québec pour sa contribution au milieu théâtral.

Elle était cette fois-ci en nomination aux côtés de trois artistes du Canada anglais : Ravi Jain, Ann-Marie Kerr et Sherry J. Yoon, qui reçoivent chacun 5000 $. Une bourse de 75 000 $ est octroyée à Marie Brassard, qui devait choisir un artiste de la relève en recevant le prix Siminovitch. La metteuse en scène a opté pour le comédien, metteur en scène et auteur Philippe Boutin, qui met ainsi la main sur la bourse de 25 000 $ offerte comme chaque année au « protégé » du lauréat du grand prix.

Encensé pour sa créativité et sa liberté, Philippe Boutin a participé à la conception du spectacle The Rise of the BlingBling, une relecture moderne du mythe de Jésus-Christ, qui a été à l’affiche de l’Usine C au printemps.

« Ça me surprend qu’il n’ait pas encore eu de rayonnement à l’étranger. J’ai vu The Rise of the BlingBling et j’ai été épatée par sa façon de revisiter les codes du théâtre classique. Il y avait de la commedia dell’arte, de la tragédie grecque, mais avec un côté ludique, de l’humour. Je voulais l’encourager, car je sais que ses projets sont ambitieux et qu’ils nécessitent des moyens », a expliqué Marie Brassard, qui ne cache pas son admiration pour le jeune créateur.

À 63 ans, elle a toujours le feu sacré pour le théâtre et la tête pleine de projets. Pour l’an prochain, elle souhaite voir La fureur de ce que je pense partir en tournée à travers le Québec, et espère même se produire au Japon avec Introduction à la violence.

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