«Box exp.»: présent trouble

La pièce «Box exp.» est présentée à Premier Acte.
Photo: David Mendoza Hélaine La pièce «Box exp.» est présentée à Premier Acte.

Box exp., à Premier Acte, propose une exploration de notre présent par le truchement de la dystopie technologique. À la façon de Black Mirror ou de La quatrième dimension, les différents sketchs du spectacle se conjuguent au futur proche pour interroger différents enjeux sociaux contemporains. La distance prise, par moments, pourra paraître cependant bien mince.

Le premier des cinq sketchs, où une jeune femme ordinaire accède au vedettariat après la publication en ligne d’une vidéo devenue virale, plante ses crocs amusés dans le succès instantané à l’ère de la téléréalité — et dans nos fragiles appétits de reconnaissance aussi. Le décor futuriste et l’année, 2055, restent cependant cosmétiques : on se trouve ici de plain-pied dans le présent, visible dans la chute du sketch sous la forme d’une dénonciation, en phase avec l’actualité.

Le deuxième sketch, porté de façon joliment cabotine par Charlie Cameron-Verge, ne dissipera pas ce sentiment d’un futur proche rudement présent, après tout. Un client d’un supermarché arpente joyeusement les allées, cependant qu’une puce en lui guide ses choix — jusqu’à le contraindre physiquement. L’écho aux applications balisant nos vies est évident ; à ce point, la portée critique se révèle toutefois réduite, derrière le plaisir du clin d’oeil.

La discussion entre deux colocataires du sketch suivant, qui aborde la légitimité morale de vendre certaines cellules corporelles, commencera à dessiner les contours d’un texte finalement désireux, peut-être, de ne laisser dans l’ombre aucune particularité contemporaine.

Ce sera visible notamment lorsqu’une des deux personnes, de sexe féminin mais de genre masculin, finira par s’avouer enceinte. Toutefois, on ne sent pas tant ici l’audace d’un tabou levé qu’une figure imposée, difficile à lier à une charge émotive véhiculée par la scène — d’où ce sentiment d’une courtepointe qui cherche à tout nommer, à épuiser le présent pour ainsi dire.

Qui trop embrasse...

 

Le format court de chaque capsule, dès lors, commence à faire sentir ses limites. La portée dramatique des scènes demeure hésitante et nous, à l’extérieur. Une quinzaine de téléphones distribués dans le public ajouteront un élément d’interactivité, certains moments conviant la préférence du public pour déterminer la suite. C’est néanmoins avec une distance que sera vécue celle-ci.

Un quatrième sketch, la tentative d’un homme de procéder lui-même à l’installation d’une puce dans son poignet, trouvera certes la bonne note comique, des draps sur scène faisant écran et forçant à imaginer les contours de cette opération qui vire mal. Mais quand la scène débouchera sur des enjeux de pédophilie, là encore, on se questionnera sur ce que cherche à nous dire ce Box exp.

En dépit du contexte futuriste, c’est tout simplement le présent qui semble nous être servi tel quel dans une juxtaposition des éléments, comme si la seule accumulation devait être naturellement porteuse d’un éclairage.

Un dernier tableau, plus long et plus consistant, exposera des sujets vivant dans des cubicules et interagissant par le truchement de la réalité virtuelle, sous l’encadrement d’une intelligence artificielle omniprésente.

Émergeront alors les contours de relations distantes — les interrogations sur la possibilité d’aimer ou sur ce qui fait l’humain, aussi, Blade Runner en tête.

La mise en scène bifrontale de Samuel Corbeil et Lauriane Charbonneau (celle-ci également au texte), qui joue de draps pour dissimuler certains pans de l’action, nous maintiendra dans une distance intrigante.

Néanmoins, il restera difficile d’épouser tout à fait le vécu des personnages, le format court de chaque capsule concourant sans doute à cette difficulté.

Certes, il y a beaucoup à dire sur notre temps, sur Instagram et Tik- Tok, sur l’omniprésence des écrans dans la connexion permanente ; beaucoup à dire sur les technologies dans nos vies et sur leurs conséquences dans nos relations.

La pièce, d’où émane un souci visible pour son époque, peine toutefois, en fin de compte, à se ménager ce qu’il faut de distance pour déplacer le regard, comme si elle se trouvait prise dans le brouillard du présent.

Box exp.

Texte : Lauriane Charbonneau. Mise en scène : Samuel Bouchard et Lauriane Charbonneau. Avec Charlie Cameron-Verge, Lauriane Charbonneau, Gaïa Cherrat Naghshi et Clément Desbiens. Une production Collectif Bleu, à Premier Acte jusqu’au 10 décembre.

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