«2022 revue et corrigée»: un panorama éclectique 

Monika Pilon incarne Céline Dion avec brio dans la pièce mise en scène par Natalie Lecompte.
Photo: David Ospina Monika Pilon incarne Céline Dion avec brio dans la pièce mise en scène par Natalie Lecompte.

Incontournables Convoi « de la liberté » et son spa, inflation, élections provinciales, crise des passeports, visite papale… 2022 aura fait de son mieux pour fournir de la matière à Revue et corrigée. Comme c’est désormais la tradition, le spectacle de fin d’année du Théâtre du Rideau vert offre dans l’ensemble un cocktail festif qui enfile dans un feu roulant les sketchs, drôles ou moins, avec une énergie et un entrain qui s’avèrent par contre irrésistibles.

L’édition 2022 compte trois nouveaux venus, qui s’intègrent sans heurts dans la distribution. La « recrue » Pierre Brassard ne tarde pas à s’illustrer sur scène, notamment en Gilles Vigneault visitant Spotify pour protester contre la désinformation. Monika Pilon — désopilante en Céline, dont elle saisit les tics — et Marie-Ève Sansfaçon, qui multiplie les prouesses vocales dans ses incarnations de chanteuses, démontrent elles aussi un bel aplomb. Quant aux deux vétérans de la rétrospective, leur virtuosité est notamment mise en valeur dans une scène parodiant la tribune téléphonique de Paul Arcand. Ce cadre fournit un prétexte à un impressionnant défilé de brèves personnifications par Benoit Paquette (palme à son hilarant Christian Bégin) et par le caméléonesque, confondant Marc St-Martin, dont il faudrait nommer presque tous les personnages.

Panorama éclectique

 

Et comme souvent dans Revue et corrigée, la qualité des performances compense certains textes moins réussis, ou en mal de surprises. Parmi les ratés, j’inclus celui sur l’accueil des réfugiés ukrainiens (une capsule vidéo du président Zelensky fait davantage mouche). Et, malheureusement, la saynète touchant le scandale à Hockey Canada, qui manque de mordant et dont on voit venir le gag. C’est dans certains segments vidéo particulièrement réussis qu’on découvre les pointes les plus incisives, comme cette satire récurrente d’une publicité électorale caquiste et celle, grinçante, sur la fonderie Horne.

Le spectacle propose un panorama décidément éclectique, avec un slam plutôt bien tourné en hommage à Guy Lafleur, et quelques numéros musicaux entraînants et bien exécutés. Ainsi, dans un bon flash, ce pastiche de la comédie musicale Annie qui illustre l’embauche de très jeunes employés dans les commerces à court de main-d’oeuvre…

Riche en parodies télévisuelles (dont une pas piquée des vers de STAT), la rétrospective paraît plus mince côté politique — malgré des apparitions senties des premiers ministres québécois et canadien. On note ainsi la quasi-absence de la course chez les conservateurs de Pierre Poilievre. D’autres politiciens, comme Éric Duhaime, sont abordés de manière oblique, seulement cités dans des chansons. Avouons cependant que le savoureux numéro où Ginette Reno vocalise sur le long nom du chef du Parti québécois vaut le détour. Par contre, présenter la danse de Dominique Anglade diffusée sur TikTok a beau être amusant, il me semble qu’avec la déconfiture du Parti libéral du Québec, on a gaspillé un sujet au fort potentiel de ridicule… Et là, on ne peut s’empêcher de se demander si une distribution plus diversifiée n’aurait pas donné plus d’options aux auteurs.

2022 revue et corrigée

Textes : Nicolas Forget, Alexina Gilbert, Luc Michaud, Justine Philie, Dominic Quarré, Odrée Rousseau. Révision des textes : Luc Michaud. Mise en scène : Natalie Lecompte. Jusqu’au 7 janvier, au théâtre du Rideau vert.

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