«Si jamais vous nous écoutez»: Entre ciel et Terre

La pièce « Si jamais vous nous écoutez? »
Photo: Gunther Gamper La pièce « Si jamais vous nous écoutez? »

Combinant science et musique, regard sur l’humanité et vision embrassant le cosmos, Si jamais vous nous écoutez offre un riche menu aux spectateurs adolescents (et adultes) du théâtre Denise-Pelletier. Le duo créateur de La Messe basse, Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais, a eu la bonne idée de s’inspirer d’un épisode pas banal de l’aventure spatiale : la composition du Golden Record, disque que la NASA a joint aux sondes spatiales Voyager lors de leur lancement en 1977.

Aujourd’hui, cet échantillon, qui visait à présenter un condensé de la Terre et de l’humanité à de potentielles intelligences extraterrestres, devient aussi une trace de ce que nous sommes, qui nous survivra. Dans l’introduction, les convaincants interprètes (Robin-Joël Cool, Olivier Morin, Evelyne Rompré, Simon Landry-Désy et Phara Thibault), se jouant d’abord eux-mêmes, rappellent au public la peur de disparaître qui plane sur notre planète depuis des lustres. Disons que ça ne s’est pas amélioré…

Le tableau suivant, où l’on dévoile une partie du contenu de Golden Record (qui a été réédité par une maison de disques), paraît peut-être un peu long. Mais la majorité du spectacle — qui comporte aussi un prologue numérique interactif, par l’entremise d’une application —, mariage de fiction et de documentaire, raconte comment un comité composé d’artistes et de scientifiques a sélectionné les messages, sons et images hétérogènes à expédier dans l’espace. Le choix des morceaux musicaux, surtout, fait ici l’objet de discussions animées et passionnées entre les personnages.

J’aurais pris davantage de débats intéressants, comme celui autour du refus d’intégrer des représentations religieuses par l’astrophysicien athée Carl Sagan. Mais le récit se place vraiment à hauteur humaine : les sentiments qui surgissent au sein du quintette d’experts, formé à l’origine de deux couples, teintent progressivement leur mission. Et la pièce semble tisser des échos entre cette dernière et les relations humaines. Dans une scène forte, éloquente, la musique choisie (l’intensité de Stravinski, la mélancolie du blues) évoque ainsi ce qui se passe dans l’équipe, se transformant en une bande sonore des émotions agitant les personnages.

De la finitude des relations amoureuses à l’infini du ciel étoilé : accompagnée d’une chanson aérienne de Navet Confit, la scène qui clôt le spectacle nous transporte dans le sillage de la sonde. Des images impressionnantes dont l’immensité ramène l’espèce humaine à sa proportion réelle dans l’univers. Le discours final de Sagan sur notre responsabilité de préserver la Terre, à la fois petit grain de sable qui devrait nous enseigner l’humilité et seul foyer de l’humanité, n’a pas pris une ride. Hélas.

Si jamais vous nous écoutez

Idéation, texte et mise en scène : Maxime Carbonneau et Laurence Dauphinais. Une production de La Messe basse. Au théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 25 novembre.

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