«Le roman de monsieur de Molière»: la vie et l’oeuvre

C’est à cet illustre comédien et dramaturge que Lorraine Pintal, metteuse en scène, dédie ces jours-ci un spectacle au TNM, «Le roman de monsieur de Molière».
Yves Renaud C’est à cet illustre comédien et dramaturge que Lorraine Pintal, metteuse en scène, dédie ces jours-ci un spectacle au TNM, «Le roman de monsieur de Molière».

La vie de Molière mérite certainement d’être qualifiée de romanesque. De sa naissance en 1622 dans une famille de marchands jusqu’à sa mort en 1673 après la quatrième représentation du Malade imaginaire, le comédien et dramaturge a multiplié les exploits et les déconfitures. C’est à cet illustre personnage, né Jean-Baptiste Poquelin, que l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov a consacré un roman biographique en 1933, et que Louis-Dominique Lavigne, auteur, et Lorraine Pintal, metteuse en scène, dédient ces jours-ci un spectacle au TNM, Le roman de monsieur de Molière.

Qui trop embrasse mal étreint. Voilà comment on serait tenté de résumer la situation. Entre Molière et Boulgakov, entre la France et la Russie, entre le XVIIe et le XXe siècle, le spectacle n’adopte jamais le bon dosage. On s’échine à représenter une multitude d’épisodes de la vie de Molière, mais sans pour autant renoncer complètement à ce qui aurait sans doute dû dominer l’ensemble : le regard satirique de Boulgakov sur les aventures du grand dramaturge aussi bien que sur son propre sort, son analyse des relations délicates entre l’art et le pouvoir, ses propos sur la censure, en somme les riches parallèles qu’il établit entre l’époque de Louis XIV et celle de Staline.

Alors que ces questions sont au coeur de l’adaptation réalisée par Lavigne, la mise en scène de Pintal semble hésiter à les épouser pleinement. Ainsi, la plupart des apparitions de Jean-François Casabonne dans les habits de l’écrivain russe détonnent. Qu’il intervienne dans l’action ou qu’il se manifeste en marge de celle-ci, l’homme arrive très souvent comme un cheveu sur la soupe. Le spectacle de deux heures aurait fort probablement gagné en cohérence et en efficacité si le personnage de Boulgakov avait été plus présent, s’il avait été mieux dessiné, en somme s’il s’était davantage comporté comme un chef d’orchestre.

Dans un environnement contemporain qu’ils quittent rarement, un espace pour ainsi dire vide, étagé, tout en arêtes, parfois éclairé au néon, les interprètes sont vêtus de costumes d’époque. L’ensemble n’est pas choquant, mais froid, voire désincarné, une impression que la musique de Jorane, plaisante, mais éthérée, ne fait que renforcer. Dans le rôle de Molière, Éric Robidoux ne manque pas de tonus, mais son personnage est assez peu sympathique, peut-être parce qu’il se cache souvent derrière la bouffonnerie plutôt que de dévoiler sa vulnérabilité. Pas de maillon faible dans la distribution, mais Karine Gonthier-Hyndman (Mademoiselle du Parc), Simon Beaulé-Bulman (Louis XIV) et Benoît Drouin-Germain (La Fontaine) brillent tout particulièrement.

Le roman de monsieur de Molière

Texte : Mikhaïl Boulgakov. Adaptation : Louis-Dominique Lavigne. Mise en scène : Lorraine Pintal. Au théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 3 décembre, puis en tournée à travers le Québec du 18 janvier au 9 février 2023.

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