«The Loony Bin»: au clair de la lune

Dans son spectacle, le marionnettiste Ronnie Burkett fait apparaître une galerie de personnages qui ne manquent pas de caractère.
Alexander Mantia Dans son spectacle, le marionnettiste Ronnie Burkett fait apparaître une galerie de personnages qui ne manquent pas de caractère.

Pour nous permettre de patienter jusqu’en mai, où il présentera au Centaur une relecture de Roméo et Juliette intitulée Little Willy, Ronnie Burkett accueille ces jours-ci une poignée de spectateurs dans la charmante petite salle de la Maison internationale des arts de la marionnette. Grâce à The Loony Bin, un spectacle de 75 minutes qu’il a imaginé pour se désennuyer pendant la pandémie, le créateur ontarien, maître de la marionnette à fils, véritable trésor national, renoue pour notre plus grand plaisir avec la marionnette à gaine (hand puppet) de ses débuts.

Seul derrière un castelet surplombé par une lune souriante et joufflue, un cabaret boudoir situé au coeur d’une forêt magique, Burkett fait apparaître une galerie de personnages qui ne manquent pas de caractère. Dans cet « asile de fous » menacé d’être transformé en condos, il y a des êtres grincheux et d’autres, libidineux, des individus troublants et d’autres, très attachants, des jeunes qui font leurs premières armes et des vieux qui préparent leur sortie. On retrouve avec joie le mélancolique Schnitzel, garçon-fée maintenant pourvu d’ailes, la diva Esmé Massengill, actrice décatie toujours aussi irrévérencieuse, sans oublier Edna Rural, la matrone des prairies, une cuisinière dont les incomparables tartes ne laissent personne indifférent.

La vedette de ce cabaret un brin décousu — un établissement réservé aux adultes, faut-il le rappeler ? —, c’est Vealma Abattoir, une vache qui a jadis connu le succès en sautant par-dessus la lune. Autour d’elle, une troupe d’artistes, humains et animaux sur le déclin dont les manigances sont prétexte à des bouffonneries, à des scènes savoureuses où on reconnaît la riche esthétique de Burkett et son sens inné de l’improvisation, mais qui sont pour le moment maladroitement rattachées les unes aux autres. On a l’impression d’avoir accès à un chantier des plus prometteurs, d’observer les esquisses, d’ailleurs fort shakespeariennes, d’un spectacle à venir.

Malgré ces quelques faiblesses dramaturgiques, tout à fait compréhensibles étant donné le caractère expérimental de ce spectacle qui n’en est qu’à ses tout débuts, on continue de s’incliner devant la sensibilité du créateur, l’émotion qu’il communique à chacune de ses créatures. On ne cessera jamais de s’étonner de son talent pour les voix, les accents, la musique et le chant, mais aussi de son intarissable complicité avec le public (on a droit à plusieurs excellentes blagues locales), de son irrésistible sens de la répartie et de sa remarquable maîtrise de l’autodérision. Quel bonheur de savoir qu’on pourra renouer en mai, au Centaur, avec cet univers singulier, tendre et inquiétant, toujours enchanteur !

The Loony Bin

De Ronnie Burkett. Une production du Ronnie Burkett Theatre of Marionettes. À la Maison internationale des arts de la marionnette jusqu’au 12 novembre. En anglais, sans surtitres.

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