«Rock of Ages»: Québec Rock

Ce qui distingue «Rock of Ages» de la plupart des comédies musicales de sa catégorie, c’est de ne pas se prendre au sérieux.
Sébastien Dion Ce qui distingue «Rock of Ages» de la plupart des comédies musicales de sa catégorie, c’est de ne pas se prendre au sérieux.

Après avoir passé juillet au Capitole, la comédie musicale Rock of Ages est en ce moment présentée à l’Espace St-Denis. Divertissement de haute tenue, porté par les succès de Styx, Journey, Bon Jovi, Pat Benatar, Twisted Sister, Poison et Europe, mais surtout par une distribution sans maillon faible, le spectacle mis en scène par Joël Legendre redonne ses lettres de noblesse au jukebok musical, un genre souvent décevant qui est ici habilement détourné par une savoureuse dose de dérision.

Imaginé par Chris D’Arienzo en 2005, présenté à Broadway en 2009 et adapté au cinéma en 2012, le spectacle se déroule en 1987 à Hollywood, plus précisément au Bourbon Room, un bar qui est sur le point d’être démoli par des promoteurs immobiliers. L’intrigue est simple, mais elle s’appuie sur des ressorts éprouvés : entre Drew (Jordan Donoghue), apprenti vedette de rock, et Sherrie (Lunou Zucchini), qui a quitté son Kansas natal dans l’espoir de devenir actrice, le courant passe dès le premier regard. Leur amour, contrarié par le répugnant Stacee Jaxx (Rémi Chassé), suffira-t-il à empêcher la fin d’un établissement légendaire et par le fait même d’une époque mythique ?

Avec de l’humour

La plus grande qualité de cette oeuvre, ce qui la distingue de la plupart des comédies musicales de sa catégorie, c’est de ne pas se prendre au sérieux. Ça se traduit d’abord par la présence d’un narrateur qui n’hésite pas à briser le quatrième mur afin de souligner l’absurdité d’une situation ou encore de rappeler aux jeunes qu’on tolérait dans les années 1980 des comportements qui seraient inadmissibles aujourd’hui. Ce rôle clé, un personnage aussi libidineux que perspicace, c’est Tommy Joubert qui le tient avec un talent fou. Dès les premières secondes du spectacle, le comédien hors pair, doté d’une voix exceptionnelle, met l’assistance entière dans sa poche.

L’humour passe aussi par le travail soigné d’Olivier Berthiaume à la traduction et à l’adaptation des dialogues. Truculents, truffés de références québécoises tout à fait adéquates, les textes offrent une consistance et une homogénéité à ce qui se résumerait sinon à une suite de pots-pourris et de collages musicaux. Tirant habilement profit de quelques échafaudages, refusant de s’en remettre à des murs de DEL, la scénographie de Stéban Sanfaçon est simple et efficace, volontairement artisanale, dotée d’un caractère cartoonesque qui n’est pas sans rappeler Pied de poule.

Sensible et sans prétention

 

Pour entonner Don’t Stop Believin’, We Built This City, The Final Countdown ou I Want to Know What Love Is, on peut compter sur des voix puissantes, à commencer par celles des trois têtes d’affiche, mais il y a également parmi les personnages secondaires des voix qui impressionnent : celle de Joëlle Lanctôt, désopilante dans le rôle de la militante Régina, celle de Matthieu Lévesque, dans l’ensemble en élasthanne bariolé de Franz, mais surtout celle, vraiment extraordinaire, de Sharon James, qui incarne Justice, la tenancière d’un club d’effeuillage. Grâce aux quatre musiciens sur scène, tout cela sonne comme une tonne de briques.

Joël Legendre signe un spectacle à échelle humaine, c’est-à-dire sensible, sans prétention, reconnaissant le chemin parcouru par la société au cours des 35 dernières années. Après avoir assisté à cet hymne à la solidarité, à ce vibrant hommage à la musique rock, à ce feu roulant d’irrésistibles clins d’oeil et de savoureux changements de ton, on quitte la salle avec le coeur en fête, ragaillardis par autant de talent et d’intelligence.

Rock of Ages

Livret : Chris D’Arienzo. Traduction et adaptation : Olivier Berthiaume. Arrangements et orchestrations : Ethan Popp. Mise en scène : Joël Legendre. Chorégraphies : Steve Bolton. Une coproduction de Musicor Spectacles et de Gestev. À l’Espace St-Denis jusqu’au 6 novembre. Dialogues en français et chansons en anglais.

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