«Jusqu’à ce qu’on meure»: Brigitte Poupart commence par la fin

La metteuse en scène Brigitte Poupart.
Photo: Julien Cadena Le Devoir La metteuse en scène Brigitte Poupart.

Au milieu de l’immense salle du centre Arsenal art contemporain, Brigitte Poupart circule comme un tourbillon, jauge les décors dans un coin, discute avec une danseuse dans l’autre. Cette artiste multidisciplinaire, comédienne, metteuse en scène, réalisatrice, danseuse, s’adonne ici à une passion plus récente, celle du cirque.

C’est par le cirque, mais aussi par le théâtre et la danse, qu’on entre dans le nouveau spectacle de Brigitte Poupart, Jusqu’à ce qu’on meure.

Et c’est dans un champ de ruines que tous ces arts s’animent.

Sommes-nous sur les entrefaites d’un cataclysme ? Est-ce une explosion, une catastrophe naturelle ? Le visiteur entamera son périple dans les tableaux et les décors du spectacle, et il remontera le temps pour découvrir la vie antérieure, le passé heureux, léger, des victimes de la catastrophe.

On parle de périple parce qu’il s’agit ici d’une visite, d’une déambulation pour le public, qui peut se déplacer à sa guise dans l’espace de la galerie Arsenal, choisir les scènes ou les personnages qu’il veut suivre, voire aller s’asseoir dans les décors si la mise en scène le permet. C’est ainsi qu’il sera invité à se projeter dans le passé des personnages, jusqu’à remonter à une grande fête initiale où il est lui-même invité, avec un DJ à la clé.

C’est avec le spectacle Luzia, qu’elle a mis en scène pour le Cirque du Soleil, que Brigitte Poupart a d’abord investi l’univers du cirque, pour ensuite le projeter dans son univers personnel, à la fois sombre et miroitant.

Quelque chose de beau

« C’est après Luzia, en 2017, que j’ai eu l’idée de ce spectacle-là, dit la créatrice. Le langage du cirque est très poétique. Et je me rends compte que ce travail s’inscrit dans un cycle poétique. On évoque ce qui nous pend au bout du nez, ce qu’on ne voit pas mais qui risque de sauter à tout moment, des catastrophes imminentes. Pour moi, il n’y a que la poésie pour pouvoir en parler, pour revenir à quelque chose de beau. »

Le printemps dernier, Brigitte Poupart, qui aime inviter le visiteur dans des expériences immersives, faisait également entrer son public dans des ruines. Ces ruines, c’était celles qui ont succédé au 11 Septembre. Le spectacle, une expérience sonore immersive, était inspiré du recueil de poèmes Ciel à outrances, de la poétesse Madeleine Monette, sur la tragédie du World Trade Center. « C’est un cycle thématique », dit Brigitte Poupart, qui a travaillé sur cette thématique au cours d’une résidence artistique à New York.

Avec Jusqu’à ce qu’on meure, « on entre dans un endroit assez anxiogène, dans le sens où on arrive trop tard. L’endroit est détruit. Il est arrivé une catastrophe que je ne veux pas nommer au sens littéral. Ça peut être une explosion, ça peut être un cataclysme. Je veux que les gens l’interprètent à leur façon ».

C’est après «Luzia», en 2017, que j’ai eu l’idée de ce spectacle-là. Le langage du cirque est très poétique. Et je me rends compte que ce travail s’inscrit dans un cycle poétique. On évoque ce qui nous pend au bout du nez, ce qu’on ne voit pas mais qui risque de sauter à tout moment, des catastrophes imminentes. Pour moi, il n’y a que la poésie pour pouvoir en parler, pour revenir à quelque chose de beau.

À mesure que le public pénètre dans l’espace, les décors se succèdent. Un noyé revient à la vie. « Les gens se remettent à revivre, de façon très poétique, et on revoit des scènes habitées par chaque personnage qui est là. Tout ça nous ramène au début de leur soirée. Cela peut être la veille, l’avant-veille, il y a deux ou trois jours. Le temps s’est dilaté. Puis, on les retrouve tous ensemble. Ils étaient tous à la même fête. Et on se rend compte qu’interprètes et spectateurs sont au même endroit. Donc, on fait tous partie de la fête », explique la metteuse en scène.

Le public, qui a été si longtemps privé d’arts vivants par la pandémie, a besoin de cette catharsis, croit-elle. « C’est une métaphore. On est tous là en train de regarder cette destruction, mais qu’est-ce qui nous reste ? Qu’est-ce qu’on en fait pendant qu’on est encore vivants ? Est-ce qu’on célèbre notre insouciance ? Notre confort ? »

Esprit des lieux

Pour Brigitte Poupart, et sa compagnie Transthéâtre, les lieux d’un spectacle sont d’une importance capitale. Et Arsenal est l’un des rares espaces de Montréal à pouvoir accueillir un spectacle de cirque. « J’avais besoin de plafonds de 30 pieds de haut. »

Durant la répétition à laquelle nous assistons, elle dirige une interprète qui marche sur un mur de portes, suspendue à un crochet. « C’est de la danse verticale », dit-elle. Dans un coin de décor, une baignoire est suspendue, évoquant l’idée qu’un jour, un logement entier se déployait à cet étage.

Cette expérience immersive est un peu inspirée du spectacle Sleep No More, présenté dans un hôtel entier à New York, où le public était aussi invité à déambuler dans les décors.

Mais pour Brigitte Poupart, le spectacle ne s’arrête pas là. Jusqu’à ce qu’on meure est en fait le deuxième chapitre d’une trilogie, qui nous mènera plus tôt encore dans l’histoire des personnages. Déjà, la metteuse en scène a tourné cinq films qui remontent encore le fil du temps jusqu’à l’enfance, bien avant cette fête qui a tourné à la catastrophe.

Malheureusement pour cette touche-à-tout passionnée, le système de subventions fonctionne encore en vase clos, donc le volet cinématographique du projet n’a pas encore reçu le financement dont il a besoin pour prendre vie.

Jusqu’à ce qu’on meure

De Brigitte Poupart. Une production de Transthéâtre. À Arsenal art contemporain, du 2 au 13 novembre.

À voir en vidéo