«Dialoguer avec Tremblay»: le théâtre pour devenir québécois

Atelier «Dialoguer avec Michel Tremblay»
Photo: Annick Fleury Atelier «Dialoguer avec Michel Tremblay»

Avant d’arriver au Québec, il y a cinq ans, Abduli Al Qarchi, originaire du Yémen et de l’Éthiopie, ne parlait pas un mot de français. Cette année, il a pourtant participé à la création d’une pièce inspirée de Cher Tchekhov, de Michel Tremblay, avec d’autres immigrants — comme Erika Sepulveda, arrivée ici du Venezuela il y a deux ans.

Tous deux ont participé aux ateliers organisés par le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) en collaboration avec l’organisme d’accueil CARI St-Laurent et le centre de francisation Yves-Thériault.

Mme Sepulveda et M. Al Qarchi disent vivre essentiellement en français à Montréal. « J’ai même perdu mon anglais en arrivant, raconte l’homme. J’étudiais le français à l’école, […] et en dehors, je voulais m’exercer. »

Langue, histoire, culture

Au-delà du théâtre, ce projet de l’équipe de médiation culturelle du TNM se veut une introduction à la langue, à l’histoire et à la culture du Québec. Car entre apprendre le français à l’école et le parler dans la rue, il y a un monde. Et qui de mieux que Michel Tremblay pour accompagner les nouveaux venus dans ce périple ?

Lê Thoa Phuong, qui est originaire du Vietnam, mais qui vit au Québec depuis 43 ans, relève combien la langue québécoise avale parfois des syllabes à l’oral. On passe du « je suis là » à « chu là », de « je ne veux pas » à « j’veux pas », voire à « j’veux pas pantoute ». « J’adore ça ! » dit-elle.

« Des fois, on ajoute des syllabes, et des fois, on en enlève. Il n’y a pas de règles, et c’est difficile de s’y retrouver », remarque Morad Ait Abdellah, arrivé du Maroc il y a quatre ans.

Quand elle est arrivée au Québec, il y a 50 ans, Jacqueline Romano-Toramanian, originaire d’Égypte, disait ne rien comprendre du français québécois même si elle avait fréquenté le lycée français du Caire. « Parfois, je m’adressais aux gens en anglais parce que j’avais peur de ne pas comprendre [leur réponse]. »

Premiers pas

Par cet atelier, le TNM espère aussi rapprocher le public immigrant des scènes montréalaises. Plusieurs nouveaux venus n’avaient en effet jamais fréquenté un théâtre québécois avant de voir la pièce Cher Tchekhov.

Pour Claudia Bilodeau, responsable de la médiation culturelle au TNM, le but de ce type d’ateliers est de placer le théâtre au service des gens, « au service de l’apprentissage du français et de la culture ».

« Parce qu’à travers les ateliers, on apprend par exemple qui sont Michel Tremblay et Réjean Ducharme, dit-elle. On apprend le contexte historique. On a parlé par exemple des Belles-soeurs, en 1968, de pourquoi cela a eu ces répercussions-là. Il faut bien situer les oeuvres. Donc, à travers elles, on apprend sur l’histoire du Québec. Et on apprend à parler cette langue-là. Moi, je considère qu’il faut passer par la pratique. Je trouve cela super important de se la mettre dans le corps. Donc, c’est vraiment utiliser le théâtre pour apprendre le français. »

Le groupe mené par Mme Bilodeau compte des immigrants fraîchement arrivés, mais aussi d’autres qui sont ici de longue date. « Des fois, ça fait des textes assez colorés , indique-t-elle, avec des “pas pantoute” prononcés avec des accents de partout. »

Mais entrer en contact avec ces hommes et ces femmes pour les amener sur les planches ne va pas de soi : Nafila Karatas, conseillère en intégration sociale au CARI St-Laurent, doit souvent proposer directement aux gens de s’impliquer.

Mais en écrivant un texte et en le disant tout haut, les participants prennent vite de l’assurance et y trouvent vite du plaisir. « On voit qu’il y a des gens qui le font et qui sont au même niveau que nous », raconte Morad Ait Abdellah.

Le projet fait l’objet d’une vidéo documentaire intitulée Dialoguer avec Tremblay, accessible sur le site du TNM

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