La pièce de théâtre «Une journée» au Quat’Sous

Renaud Lacelle-Bourdon dans la pièce de théâtre «Une journée»
Photo: Emmanuelle Bois Renaud Lacelle-Bourdon dans la pièce de théâtre «Une journée»

En 2018, Gabrielle Chapdelaine a remporté le prix Gratien-Gélinas pour Une journée, une pièce à quatre personnages dont le jury a salué la forme « aussi rigoureuse que ludique » ainsi que l’écriture « alerte, souple, sophistiquée sans en avoir l’air ». L’été dernier, au Quai des arts de Carleton-sur-Mer, Olivia Palacci portait enfin le texte à la scène. C’est ce spectacle, coproduit par le Théâtre À tour de rôle et la compagnie Tableau Noir, qui tient en ce moment même l’affiche du Quat’Sous.

La pièce aborde certainement un sujet casse-cou, le mal-être des jeunes d’aujourd’hui, mais elle le fait en adoptant une forme si singulière, une structure à la fois linéaire et circulaire, systématique et pourtant fragmentaire, une partition chronométrée et néanmoins délirante qui nous éloigne radicalement de la banalité du portrait générationnel factuel et réaliste. Oppressante, répétitive, anxiogène, l’organisation de l’oeuvre est si ingénieuse, si fertile qu’elle fascine peut-être même plus encore que son propos.

Demain est un autre jour

Alfonso, Harris, Debs et Nico sont quatre adultes plus ou moins jeunes, ou alors quatre aspects d’une seule et même personne. On les rencontre dans un salon sixties, vêtus de manière bigarrée, plutôt rétro, engagés dans ce qui semble être un jeu, une compétition d’endurance, peut-être également une télé-réalité en huis clos dont l’objectif serait de survivre à la routine, aux 24 longues heures d’une journée. Ils résistent sous nos yeux à la tentation de se soustraire à un réel aliénant, de fuir une existence déprimante. On sent chez eux de la peur, voire du désespoir, mais subsistent de vives aspirations, une croyance au dicton « Demain est un autre jour ».

On parle beaucoup de cinéma, des grands classiques de la collection Criterion, des déboires sentimentaux des vedettes hollywoodiennes, mais aussi des films qui nous ont marqués, mais dont le titre nous échappe toujours. On aborde une foule de sujets, mais il est largement question d’alimentation : les joies de la mijoteuse, les bienfaits du frappé aux fruits et le réconfort procuré par des ramens ou un bol de gruau, sans oublier le rapport à l’image corporelle et la constipation chronique. Cela dit, le véritable enjeu de la pièce, c’est la solitude, l’isolement, l’immense besoin d’amour et d’amitié que ressentent les personnages incarnés avec aplomb par Nathalie Claude, Rose-Anne Déry, Renaud Lacelle-Bourdon et André-Luc Tessier.

Cruels sans être dépourvus de tendresse, sombres, mais souvent drôles, leurs échanges captivent en bonne partie parce qu’ils sont fondés sur un principe de narration et de prescription. C’est-à-dire que les protagonistes, usant de la deuxième personne du singulier, s’enjoignent d’accomplir des actions, se lancent des défis. Il s’agit à maintes reprises de répondre au téléphone et d’improviser une conversation avec sa mère, son ami fidèle ou son patron. Possédant le rythme adéquat et le ton juste, la mise en scène d’Olivia Palacci rend la forme limpide, livrant par le fait même un vibrant hommage au théâtre, et plus particulièrement à son caractère thérapeutique, à sa capacité d’intervenir dans nos vies comme une médiation.

Une journée

Texte : Gabrielle Chapdelaine. Mise en scène : Olivia Palacci. Une co-production du Théâtre À tour de rôle et de Tableau Noir. Au Quat’Sous jusqu’au 5 novembre.

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