«Celle qui marche loin»: sur les traces d’une héroïne oubliée

Les théâtres Ombres Folles et RoiZIZO remontent le cours du temps et évoquent la mémoire de l’expéditrice Marie Iowa Dorion.
Photo: Maison Théâtre Les théâtres Ombres Folles et RoiZIZO remontent le cours du temps et évoquent la mémoire de l’expéditrice Marie Iowa Dorion.

Née à la fin du XVIIIe siècle en Louisiane, d’origine Siouse-Iowa, Marie Iowa entreprend, au XIXe siècle, une traversée du continent avec son époux et ses deux enfants dans l’espoir, comme tant d’autres à l’époque, de trouver richesse et bonheur dans l’Ouest. Elle mène ainsi ce périple épique qui l’amènera, notamment, à gravir les Rocheuses.

Comptant parmi les héroïnes oubliées qui ont façonné le passé et ouvert la voie à tant de possibles, Marie Iowa Dorion prend vie ces jours-ci sur la scène de la Maison Théâtre dans Celle qui marche loin. Écrite, mise en scène et jouée par Maude Gareau et Gildwen Peronno, la pièce permet à ces magiciens de l’objet de mettre en lumière une figure oubliée de la grande Histoire. Créateurs d’illusions, Gareau et Peronno parviennent, avec peu de moyens, à recréer un monde, à transporter les spectateurs dans ce passé tout aussi grisant que difficile. Le continent américain prend ainsi vie grâce à une simple corde déposée au sol à l’intérieur de laquelle des billes de verre personnifient les 1000 nations autochtones qui peuplaient le territoire. Puis, vient le conquérant, Gildwen Peronno, immense au-dessus de ces objets. Les deux pieds bien plantés au milieu du cordage, il rapaille les billes et les ensache, symbole de cette domination. L’effet est total. Plusieurs moments clés de l’histoire de cette femme sont ainsi évoqués avec ingéniosité. Il y a notamment l’escalade des Rocheuses, une sculpture réalisée avec des scies. Emboîtées l’une par-dessus l’autre, elles évoquent cet assaut irrégulier. Le froid, les tempêtes de neige (de la poudre de craie soufflée sur les objets), l’attaque des Shoshones (des fléchettes lancées par Peronno sur le territoire) et le manque de nourriture vécu par Marie (une fourchette plantée dans une figurine de cheval) participent de ces instants qui transportent les spectateurs en dehors du temps, loin de la Maison Théâtre, dans la vie de cette femme audacieuse.

Le tout ponctué d’humour

L’ingéniosité des deux artistes est intimement liée à leur jeu. Peronno incarne plusieurs rôles, passant notamment de Pierre, l’époux, à Hunt, le chef de l’expédition, avec aisance, tout en narrant et en manipulant les objets. Maude Gareau est tout aussi fabuleuse dans le rôle de Marie, fonceuse, déterminée et mère de deux enfants — des billes qu’elle garde sur elle —, que dans la narration.

La mise en scène laisse place par ailleurs à beaucoup d’humour. Plusieurs scènes, parfois dures, prennent ainsi des allures de comédie. En tête, une bataille entre Marie et un ours, ce dernier représenté par une peluche qui sera malmenée. Ou encore l’anachronique présence répétée d’un mammouth dans le décor — une figurine bien sûr — qui crée une complicité avec les spectateurs. Complicité qui est renforcée par un continuel bris du 4e mur.

La pièce ne serait cependant pas aussi sentie sans l’omniprésence de la musique signée Olivier Monette-Milmore. Personnage en soi, la trame musicale très cinématographique raconte l’aventure épique de Marie Iowa, ses espoirs, ses épreuves, et contribue à nous propulser dans cet hier intense. À voir.

Celle qui marche loin

Texte et mise en scène, scénographie et interprétation : Maude Gareau et Gildwen Peronno. Une coproduction du théâtre Ombres folles (Montréal) et de RoiZIZO Théâtre (France). Pour les 10-14 ans. Jusqu’au 30 octobre à la Maison Théâtre. Au théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme, les 14 et 15 novembre et à Les Gros Becs, à Québec en février 2023.

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