«Le fils», famille décomposée

Émile Ouellette et Vincent-Guillaume Otis dans une scène de la pièce «Le fils»
Photo: David Ospina Émile Ouellette et Vincent-Guillaume Otis dans une scène de la pièce «Le fils»

Dans deux des pièces constituant sa trilogie familiale, Florian Zeller dépeint une situation humaine difficile jusqu’à sa conclusion quasi inéluctable, illustrant des maux que l’amour des proches, impuissants, ne parvient pas à résoudre. Le célébré dramaturge français écrit des drames psychologiques touchant à la tragédie, donc, le tout dans une forme trompeusement simple.

Le fils paraît un récit plus « réaliste » que l’oscarisé scénario de The Father, le film que Zeller a réalisé à partir de son propre texte, qui épouse brillamment le point de vue subjectif de son protagoniste souffrant de démence. (Quoique, sans vouloir ne rien dévoiler, ce procédé de l’espace mental ne soit pas totalement absent de la pièce…) Un adolescent de 17 ans, qui va mal après la séparation de ses parents, demande à son père de l’accueillir chez lui. Celui-ci s’est refait un nid que la présence de Nicolas vient perturber. La cellule familiale recomposée se décompose plutôt, alors que l’ado s’enfonce inexplicablement dans un mal-être, face à l’incompréhension des adultes qui, malgré leurs efforts, ne savent pas comment l’aider.

La mise en scène de René Richard Cyr est sobre, mais attentive. Et s’il ne paie pas de mine a priori, le décor signé Pierre-Étienne Locas s’avère éloquent. Ces murs encadrant l’évocation minimale d’un salon aux couleurs neutres — où une simple causeuse virée de bord signale un changement d’appartement — vont s’ouvrir sur le noir au fil du récit. Comme si le faux-semblant de normalité de cet univers familial éclatait.

La première fois qu’on voit le fils sur la scène du Rideau vert, il est placé de dos. Le rôle-titre de la pièce demeure largement un trou noir, prisonnier d’un gouffre qu’il peine à nommer, malgré ses cris du coeur. D’humeur changeante, Nicolas peut basculer brusquement dans la crise, entre renfrognement, colère et désespoir. Le jeune Émile Ouellette, qui fait ici ses débuts, impose avec force une présence sourde, une souffrance butée.

Du côté des rôles féminins — qui paraissent plus unidimensionnels dans la pièce —, Sylvie De Morais-Nogueira confère une émotivité fébrile à la mère souffrante. Tandis que Stéphanie Arav campe avec une justesse un peu inégale un rôle ingrat, la nouvelle conjointe coincée entre le naufrage de Nicolas et son propre bonheur conjugal à préserver.

Malgré son titre, cette pièce est surtout celle du père. Un homme qui doit affronter, sans mode d’emploi, le mal de vivre d’un rejeton dont il s’était éloigné. L’excellent Vincent-Guillaume Otis prête un jeu plein de nuances à ce personnage d’abord peu compréhensif, qui débite des platitudes à son enfant malheureux alors qu’il aspirait à un modèle de paternité différent de celui qu’il a lui-même subi, puis frustré par une situation qui lui échappe. Le sensible interprète donne une charge émotionnelle croissante à ce personnage en fin de compte très humain, dans toutes ses lacunes et sa détresse de parent aimant.

Le fils

​Texte : Florian Zeller. Adaptation et mise en scène : René Richard Cyr. Au Théâtre du Rideau vert, jusqu’au 29 octobre

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