Sans sexe et sans regrets

Artiste queer et ouvertement asexuel, l’auteur et metteur en scène Gabriel Guertin-Pasquier se passionne pour l’écriture dramatique, les enjeux LGBTQIA2+, le costume et l’art performatif.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Artiste queer et ouvertement asexuel, l’auteur et metteur en scène Gabriel Guertin-Pasquier se passionne pour l’écriture dramatique, les enjeux LGBTQIA2+, le costume et l’art performatif.

Gabriel Guertin-Pasquier n’aime pas le sexe. Et il se sent beaucoup mieux depuis qu’il l’a annoncé et assumé publiquement. Son asexualité est au coeur de sa nouvelle pièce de théâtre, L’asexualité des abeilles, présentée au festival Phénomena le 8 octobre. Le titre, lui, est inspiré d’une espèce d’abeilles, l’abeille du Cap, en Afrique du Sud. « Les ouvrières de cette espèce d’abeille sont capables de s’autoreproduire avec leur propre ADN », explique le jeune homme de théâtre en entrevue.

En fait, Gabriel Guertin-Pasquier se définit plutôt comme homoromantique, c’est-à-dire qu’il souhaite vivre une relation amoureuse avec un homme basée plutôt sur les baisers, les câlins et les projets à long terme. Idéalement, sans sexualité… Sans être strictement autobiographique, la pièce L’asexualité des abeilles se base largement sur son expérience, et elle se déroule dans une clinique de don de sperme.

« C’est l’histoire d’un homme homoromantique, gai, de Montréal qui désire avoir un enfant. Et à cet enfant-là, qui va naître après le don, il décide de raconter toutes ses anciennes relations, son parcours, le fait d’être asexuel, surtout ce qui se passe lors du dating, des rencontres. C’est difficile d’assumer d’être asexuel, en particulier dans la communauté gaie masculine et dans la société hypersexualisée. C’est difficile de se retrouver, d’avoir des modèles », dit-il en entrevue.

Souvent extrêmement mal à l’aise dans le contexte d’agences de rencontre ou sur la piste de danse d’un bar, Gabriel Guertin-Pasquier a lui-même décidé de devenir un modèle pour les asexuels, peu après avoir fait son coming-out à l’émission de téléréalité Si on s’aimait, diffusée sur les ondes de TVA. « Ça a été bénéfique. J’ai pu en parler et faire découvrir cette orientation, poursuit-il. J’ai reçu beaucoup de messages de personnes de tous âges, de tous genres, qui se retrouvaient dans ce propos et dans cette orientation. »

Samedi, la pièce de Gabriel Guertin-Pasquier sera présentée lors d’une soirée par ailleurs entièrement consacrée à la sexualité, au festival Phénomena. James Knott, de la communauté queer, présentera The Apocalypse in Your Bedroom, un spectacle rock, avec musique originale, chorégraphie et accessoires de scène, sondant l’identité queer. Puis, à 22 h, le Collectif NU.E.S. propose Le cabaret impudique, une expérience d’exploration de divers érotismes, avec scènes de nudité à la clé.

La nudité est pourtant bel et bien présente dans l’univers théâtral de Gabriel Guertin-Pasquier, qui précise que son spectacle « n’est pas pour les enfants ».

« D’une certaine façon, mon spectacle parle de sexualité, c’est une vision de la sexualité », dit-il.

Une variété d’approches

Même parmi les asexuels, les façons de vivre la sexualité varient beaucoup. On dit que les demisexuels sont des gens qui ne s’intéressent pas au sexe en général, mais peuvent le faire dans le cadre d’une relation en particulier. « Un demisexuel peut avoir, éventuellement, de l’attirance sexuelle pour quelqu’un d’autre, selon la situation, selon la confiance avec le partenaire, etc., poursuit Gabriel Guertin-Pasquier. Il est ouvert à une certaine forme de sexualité avec son partenaire. Cela reste dans le spectre de l’asexualité. Pour ma part, je suis ouvert, mais c’est plutôt pour lui faire plaisir. »

Même éperdument amoureux, Gabriel Guertin-Pasquier se contenterait très bien d’une relation sexuelle par année. Et il dit qu’il pourrait faire une croix complète sur toute sexualité. Rien à voir, en tout cas, avec l’injonction courante d’avoir trois relations sexuelles par semaine pour maintenir un couple sain.

Les fraysexuels sont quant à eux des gens qui peuvent éprouver une attirance sexuelle au début d’une relation, mais cette expérience disparaît lorsqu’ils développent une relation amoureuse. Les apothisexuels éprouvent quant à eux un dégoût pur et simple pour les relations sexuelles. Et les fictosexuels n’éprouveraient du désir que pour les personnages de fiction.

Selon le dramaturge, on ne parle pas ici de phase dans la vie d’une personne qui expérimenterait une baisse de libido, par exemple, ni même une sorte de dormance sexuelle qui toucherait un couple autrefois sexualisé après quelques années. Il définit l’asexualité comme une orientation sexuelle, comme une absence d’envie de partager la sexualité avec une autre personne. Certains asexuels peuvent exprimer leur libido à travers la masturbation.

Globalement, l’asexualité toucherait 1 % de la population. Pourtant, c’est un phénomène qui demeure méconnu à travers le monde. Ici, en 2015, Isabelle Stephen a fondé la Communauté asexuelle de Montréal. Gabriel Guertin-Pasquier a pour sa part trouvé sur la page Facebook Asexuels du Québec, plusieurs réponses à ses interrogations.

L’asexualité des abeilles

Texte, mise en scène et costumes : Gabriel Guertin-Pasquier. Interprètes : Sara Déziel, Jonathan Malenfant et Émanuel Frappier. Musique : Frédérick Lévesque-Saindon. Présentée dans le cadre du festival Phénomena, au théâtre Rialto, le 8 octobre, 16 h. Le festival Phénomena se poursuit jusqu’au 21 octobre.

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