15 millions philanthropiques pour soutenir les arts en post-pandémie

Au Québec, entre 10 et 15% des budgets des organismes culturels proviennent de la philanthropie.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Au Québec, entre 10 et 15% des budgets des organismes culturels proviennent de la philanthropie.

L’École nationale de théâtre du Canada (ENT) reçoit 1,5 million de dollars dans le cadre d’un don de 15 millions fait par la Fondation de la famille Slaight distribués à 22 organismes afin d’aider le secteur théâtral à se relancer après la pandémie. Il s’agit du mécénat privé le plus important jamais reçu par l’établissement d’enseignement bilingue installé rue Saint-Denis, à Montréal, depuis plus de 60 ans.

« Nous sommes évidemment très reconnaissants », dit Fanny Pagé, directrice de l’ENT, rejointe à Toronto, où elle a participé mercredi à l’annonce officielle de la distribution philanthropique. L’enveloppe de 1,5 million va notamment servir à financer divers programmes de formation et de création lors des trois prochaines années.

« La pandémie et l’inflation nous affectent de différentes manières, ajoute-t-elle. Les productions coûtent plus cher parce que les matériaux coûtent plus cher. Nous avons aussi ajusté les salaires de nos enseignants. »

La liste des bénéficiaires comprend le festival torontois Luminato, le Banff Center for Arts and Creativity, Native Earth Performing Arts et le festival Shaw, de Stratford. « En forçant la fermeture des théâtres, la pandémie a dévasté l’industrie », a expliqué Gary Slaight, président et chef de la direction de la fondation familiale, en dévoilant sa généreuse contribution à la relance. « Nous sommes donc très heureux d’appuyer ces organisations afin de leur permettre de se concentrer sur le travail de création et les manières d’encourager le public à revenir en salle. »

La famille Slaight a fait fortune dans les télécommunications. Sa fondation a en plus annoncé la semaine dernière 10 millions pour venir en aide aux musiciens dans le besoin. En février, 15 autres millions ont été distribués pour soutenir les femmes et les filles dans le besoin. Depuis sa création en 2008, les mécènes Slaight ont distribué environ 185 millions à différentes causes, dont plusieurs culturelles.

« Les arts ont besoin d’argent pour aider la relève, qui a particulièrement été affectée par la crise récente », commente Wendy Reid, professeure à HEC Montréal et spécialiste de la philanthropie culturelle. Elle a notamment réalisé l’étude récente Repenser la philanthropie culturelle à Montréal. Les relations et la communauté (2021) pour le Conseil des arts de Montréal.

La différence québécoise

 

Au Québec, entre 10 et 15 % des budgets des organismes culturels proviennent de la philanthropie. « La différence entre le Québec et le reste du Canada ou les États-Unis, c’est qu’ici, maintenant, nous n’avons pas développé suffisamment les professionnels de la philanthropie culturelle, dit la professeure Reid. Cette générosité se développe à long terme. Il est très important de créer des liens forts entre les artistes, les professionnels des arts et les donateurs, et on a besoin de personnes bien formées au sein des organismes culturels pour y développer une culture philanthropique. »

HEC Montréal en forme. La professeure a elle-même commencé à s’impliquer dans le domaine pour le Ballet national du Canada, à Toronto, dans les années 1980.

« La philanthropie culturelle n’était pas alors si développée en Ontario, ajoute Mme Reid. L’économie du Québec est forte, maintenant. Il y a une grande capacité de donner et une connaissance étendue des besoins. La philanthropie culturelle est par contre moins avancée ici que celle bénéficiant aux secteurs de la santé ou de l’éducation. »

Son rapport de l’an dernier fait par exemple état de lacunes dans l’implication sonnante et trébuchante des membres des conseils d’administration des compagnies artistiques ; ils ne sont d’ailleurs pas toujours choisis pour leur capacité à donner. Le Québec a par contre mis en place des crédits d’impôt pour encourager les dons.

À voir en vidéo