«On sentait déjà la dynamite à l’âge de pierre»: la chute de Québec

Le récit exploite de nombreuses façons de se bâtir.
Photo: David Mendoza Hélaine Le récit exploite de nombreuses façons de se bâtir.

On sentait déjà la dynamite à l’âge de pierre ouvre la salle de Premier Acte avec une proposition d’apparence loufoque : et si l’avènement d’un Québec indépendant menait à la guerre ? Saugrenue, cette politique-fiction a de quoi nourrir la curiosité, mais aussi les appréhensions… et cette question persistante jusqu’au lever du rideau : ah oui, vraiment ?

Écrite et mise en scène par les nouveaux venus Charlie Cameron-Verge et Natalie Fontalvo (celle-ci au jeu également), la pièce campe un futur proche où un troisième référendum sur la souveraineté du Québec, remporté à 57 % par le Oui, se voit contesté par une capitale canadienne se servant de tous les prétextes pour faire barrage, faisant basculer la décision populaire en conflit armé : la guerre d’indépendance du Québec.

D’emblée, il faut toutefois remarquer que la proposition fonctionne étonnamment bien, grâce entre autres à un canevas politique bien ficelé. Une exposition schématique, bouclée en une minute et demie, permet de plonger rapidement au coeur de scènes chargées où un habillage sonore — des chaudrons tapés, notamment — assure une tension constante qui, agaçante, finit néanmoins par s’imposer comme un liant du spectacle, un rappel de la violence des combats.

Les membres de la troupe, appelés à jouer divers rôles, nourriront bien une confusion initiale, cela jusqu’à ce que se précisent les lignes. Mylène, exilée nordique que le conflit rattrape, rejoindra Simone, rebelle séparatiste pilotant l’assemblée insurrectionnelle. Benoit, père enrôlé sur le tard dans la résistance, apportera une détresse sentie — cette désorganisation du père est joliment montrée par un éclairage au néon clinique. Jeanne, capitaine de régiment, jouera des notes vibrantes — une confusion truffée de doutes, des embarras de pion dans un jeu aux ficelles qui lui échappent.

Par-delà ces quatre lignes principales, le récit exploite de nombreuses façons de se bâtir : des extraits radiophoniques présentent les grands mouvements de l’opposition entre rebelles québécois et gouvernement canadien, alors que des insertions poétiques créent en marge de l’action une parenthèse calme pour l’intimité. Des traits blancs, esquissant en fond de scène les quartiers où frappe la guerre, permettent quant à eux d’exploiter tout un pan laissé en marge par le récit même.

Le fil fort

 

La pièce, qui offre en somme une vaste écriture scénique et un texte solide, lequel n’exclut pas les pointes d’humour, laissera finalement une question en plan : quelle histoire ce récit, convaincant, cherche-t-il à raconter ?

Des éléments sont bien saillants, à commencer par la capacité du spectacle à faire exister le territoire. La Côte-Nord et ce fleuve qui « ignore la guerre » côtoient les Donnacona, Bagotville et Sherbrooke. Jonquière est au coeur d’une lutte charnière, Trois-Rivières tombe et Montmagny devient le théâtre d’une retraite forcée — tous ces toponymes, juxtaposés, finissent par composer une cartographie étonnante et belle.

Les ancrages dans un vécu québécois sont pour leur part évocateurs, visibles par exemple dans cette tension entre le combat à mener et la possibilité du repli : « toute guerre est inutile », répétera ce mantra à la couenne dure, décourageant d’emblée toute posture de lutte. Contre ce topo bien connu d’une docilité persistante, la pièce parvient à placer dans l’espace social l’espace imaginaire mais crédible d’une lutte commune.

Ces réussites peineront cependant à converger tout à fait dans une unité autre, comme ce point par lequel on entre et sort d’une peinture. Et ce, même si le spectacle est traversé par les horreurs de la guerre et le poids des idéaux, la fin nous orientant peut-être en direction du rêve à maintenir. Construction surprenante et livrée avec énergie, qui parvient rapidement à prendre ses distances du pur manifeste politique, la pièce entretient un flou sur sa visée, elle qui laisse, au final, plusieurs vécus côte à côte sans une focalisation nette, un point de fuite pour rassembler entièrement les différentes lignes.

On sentait déjà la dynamite à l’âge de pierre

Texte et mise en scène : Charlie Cameron-Verge et Natalie Fontalvo. Avec Mariann Bouchard, Maude Lafond, Samuel Bouchard, Noémie F. Savoie, Laurent Fecteau-Nadeau, Natalie Fontalvo et Scott Riverin. Une production du Collectif Verdun, à Premier Acte jusqu’au 8 octobre.

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