Parlons de tout, sauf de politique

Enfabulation, de Juliana Léveillé-Trudel, ce sont des spectacles de «storytelling» basés sur les témoignages de participants, invités à raconter un événement de leur vie lié au thème donné.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Enfabulation, de Juliana Léveillé-Trudel, ce sont des spectacles de «storytelling» basés sur les témoignages de participants, invités à raconter un événement de leur vie lié au thème donné.

Les luttes de pouvoir ne se livrent pas qu’à Québec. C’est ce qu’on constatera sans doute samedi dans le cadre du nouveau spectacle d’Enfabulation, Ne parlons pas de politique, qui sera présenté au Centre Phi.

On ne parlera pas de politique, mais on parlera de religion, d’amour, de vocation, d’ambition, de vengeance. Autant de sphères où le pouvoir se prend et se perd, sans passer par les urnes.

Enfabulation, de Juliana Léveillé-Trudel, ce sont des spectacles de storytelling qui reviennent pour une sixième édition cette année. Ils se basent sur les témoignages vrais de six participants, invités à raconter un événement de leur vie lié au thème donné. 

Inspirée initialement du groupe new-yorkais The Moth, qui présente des spectacles et des balados, de même que des livres liés à des histoires vécues, Enfabulation est aussi la contrepartie francophone de Confabulation, un événement du même type en anglais qui roule ici depuis plusieurs années.

« On aime s’inspirer de ce qui se passe. Alors, dans Ne parlons pas de politique, on aborde la politique au sens large, […] les alliances et les batailles qui se déroulent dans différents lieux de pouvoir », explique Juliana Léveillé-Trudel.

Des événements transformateurs

 

Au menu, le comédien Thierry Leblanc, un vieux routier d’Enfabulation, abordera le thème de la religion en racontant comment cette dernière l’a un jour forcé à couper les ponts avec sa soeur, avant que ses liens avec elle ne soient finalement rétablis. La critique littéraire Amanda Perry, originaire de l’Alberta, dira comment elle tombe systématiquement amoureuse de souverainistes. Juliana Léveillé-Trudel racontera elle-même sa rencontre, en 5e secondaire, avec un ministre de l’Éducation — « Je ne dévoile pas tout de suite qui c’est, mais disons qu’il a monté les échelons » — qui l’a alors félicitée pour son français. « Le concept, c’est que l’histoire n’est pas improvisée. C’est une histoire qui a été travaillée à l’avance, quelque chose qui a été transformé », ajoute-t-elle.

L’histoire choisie par les participants doit dépasser l’anecdote, il faut que ce soit un événement qui les a changés.

Vicky Boucher, qui enseigne le théâtre en milieu scolaire, parlera de ses relations avec les parents des élèves, qui sont souvent vus comme des clients qui ont toujours raison par l’administration scolaire.

La conceptrice de jeux vidéo Sophie Nicole Croteau racontera pour sa part comment elle est restée apolitique lors du mouvement étudiant de 2012. L’écrivain Jean-Pierre Gorkynian dira les détours qu’il a dû faire pour choisir les arts malgré l’opposition de sa famille. Et l’artiste Thomas Mundinger, un nouveau venu arrivé de France, évoquera le don de sperme qu’il a fait à un couple d’amies lesbiennes.

Histoires drôles, touchantes

 

Certaines histoires sont drôles, d’autres sont touchantes. Certaines sont à la fois drôles et touchantes. Quant au titre, Ne parlons pas de politique, il est venu à Juliana Léveillé-Trudel un peu comme une blague.

« Dans ma famille, quand j’étais jeune, ma mère et son beau-frère avaient des discussions politiques qui prenaient feu. Quand on dit “on ne parle pas de politique”, c’est quand on n’ose pas aborder certains sujets de peur de se chicaner. Surtout dans le climat actuel, qui est assez polarisé. »

Frôlant l’actualité, Enfabulation prévoit déjà un autre spectacle en novembre, mois des morts, sur le thème de la peur.

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