Frédéric Bélanger conjugue Shakespeare au présent

L’heure est venue pour Frédéric Bélanger de dévoiler un premier spectacle sur la prestigieuse scène du théâtre du Nouveau Monde.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’heure est venue pour Frédéric Bélanger de dévoiler un premier spectacle sur la prestigieuse scène du théâtre du Nouveau Monde.

Un peu plus de 15 ans après avoir fondé avec Sarah Balleux le Théâtre Advienne que pourra, une compagnie grâce à laquelle il a offert au jeune public d’ingénieuses adaptations des récits de Jules Verne, d’Alexandre Dumas et de Lucy Maud Montgomery, l’heure est venue pour Frédéric Bélanger de dévoiler un premier spectacle sur la prestigieuse scène du théâtre du Nouveau Monde (TNM).

En 2018, après avoir découvert sa relecture du Songe d’une nuit d’été au théâtre Denise-Pelletier, Lorraine Pintal propose spontanément à Bélanger de monter La nuit des rois au TNM. « J’ai pris le temps de réfléchir, explique le metteur en scène. Parce que j’avais gardé un vif souvenir du spectacle signé par Yves Desgagnés en 2003 à partir de la traduction de Normand Chaurette. Je voulais être certain de pouvoir livrer un message personnel avec cette pièce, de pouvoir la faire mienne. »

Comédie de moeurs aux multiples travestissements et quiproquos créée en 1602, La nuit des rois aborde des notions aussi actuelles que le genre, l’altérité et l’identité. Avec l’aide de la dramaturge Rébecca Déraspe, le metteur en scène s’est donné la permission d’accentuer ces dimensions de l’oeuvre. « J’avais envie qu’on creuse certains aspects, explique-t-il, qu’on explore des enjeux, qu’on développe des rôles. C’est ce qu’on a fait, notamment avec Feste, le personnage incarné par Benoît McGinnis. Dans notre adaptation, Feste n’est pas qu’un simple bouffon, il occupe plus de place, il se prononce davantage. C’est un être libre, en ce sens qu’il n’a pas besoin d’exister dans le regard des autres. Je le vois comme le maître d’oeuvre de toute l’intrigue, celui qui tire les ficelles. »

Triangle amoureux

 

Au coeur de l’intrigue, un indémodable triangle amoureux : le Duc Orsino (Jean-Philippe Perras) aime la Comtesse Olivia (Marie-Pier Labrecque), qui aime Césario (alias Viola) (Clara Prévost), qui aime Orsino. « C’est une pièce sur l’amour et la solitude, explique Bélanger. Un doux mélange entre la comédie et le drame. Il est question d’aimer, d’être aimé et de s’aimer soi-même. Dans une société qui continue de vouloir faire entrer les gens dans des cases, je trouve que le texte résonne fortement. On tombe amoureux de quelqu’un, pas de son sexe, son genre, ses origines ou sa classe sociale. C’est ce message, en filigrane de la pièce, que nous nous sommes assurés, Rébecca et moi, de bien mettre en valeur. »

Je ne suis pas un érudit. Je viens de la culture pop et je l’assume pleinement. En salle de répétition, je fais souvent référence à Céline Dion, à Harry Potter, à Dune ou aux Jonas Brothers. Les interprètes éclatent de rire quand je leur fais visionner un vidéoclip d’Harry Styles, mais ils intègrent ça dans leur jeu et ça donne un résultat que j’adore.

 

Vous aurez compris qu’entre les personnages de La nuit des rois, les échanges sont pour le moins complexes. « C’est une parfaite illustration du problème global de communication qui existe entre les êtres humains, estime Bélanger. Il y a partout des non-dits. Pourquoi est-ce qu’on a tant de difficulté à se dire les choses ? Alors qu’on a tous profondément envie de se faire parler vrai, qu’on espère tous que l’autre s’adresse à nous de manière sincère. Cette authenticité, cette franchise, c’est ce qui contribue à rendre Viola aussi différente des autres, à ce point énigmatique, et même charnelle. »

Beau et émouvant

 

Réunissant 12 interprètes, parmi lesquels Yves Jacques, Kathleen Fortin et Étienne Pilon, le spectacle accorde une place de choix au chant, à la danse, à la musique en direct et à la vidéo. « Je ne suis pas un érudit, reconnaît Frédéric Bélanger. Je viens de la culture pop et je l’assume pleinement. En salle de répétition, je fais souvent référence à Céline Dion, à Harry Potter, à Dune ou aux Jonas Brothers. Les interprètes éclatent de rire quand je leur fais visionner un vidéoclip d’Harry Styles, mais ils intègrent ça dans leur jeu et ça donne un résultat que j’adore. Rien ne me rend plus heureux que d’arriver à rassembler plusieurs générations autour d’un même spectacle. »

Grâce au décor de Francis Farley-Lemieux, aux costumes de Sarah Balleux, aux éclairages de Nicolas Descoteaux, à la vidéo de Thomas Payette et à la musique originale de Gustafson, cette Nuit des rois risque fort d’être un ravissement pour les sens. « Que le spectacle soit un bel objet qui émerveille esthétiquement, mais qui reste froid, qui ne suscite pas d’émotions, c’est ma plus grande crainte, avoue le metteur en scène. En salle de répétition, les interprètes sont très touchants, ils font preuve d’une délicatesse, d’un raffinement qu’il faut à tout prix que nous réussissions à transposer sur le plateau du TNM. »

« J’ai confiance, ajoute-t-il aussitôt. D’abord parce que j’ai une exceptionnelle équipe de comédiennes et de comédiens, mais aussi parce qu’on s’est permis, Rébecca et moi, de creuser les failles des personnages, de leur donner du relief, d’éclairer leurs comportements. C’est important pour moi que les spectateurs aient de l’empathie pour chacun des protagonistes, qu’ils se retrouvent dans chacun d’eux. »

La nuit des rois

Texte : William Shakespeare. Traduction et adaptation : Rébecca Déraspe et Frédéric Bélanger. Mise en scène : Frédéric Bélanger. Avec Adrien Bletton, Guido Del Fabbro, Thomas Derasp-Verge, Alex Desmarais, Kathleen Fortin, Yves Jacques, Marie-Pier Labrecque, Benoît McGinnis, Jean-Philippe Perras, Étienne Pilon, François-Simon Poirier, Clara Prévost. Au théâtre du Nouveau Monde, du 20 septembre au 15 octobre, puis en tournée du 3 au 26 novembre.

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