Rattrapage créatif sur les scènes

Parmi les créations attendues s’impose «À cause du soleil», d’Evelyne de la Chenelière, au théâtre Denise-Pelletier.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Parmi les créations attendues s’impose «À cause du soleil», d’Evelyne de la Chenelière, au théâtre Denise-Pelletier.

Le milieu théâtral paraît vouloir rattraper le temps perdu cet automne, à en juger par l’offre débordante, qui compte des spectacles reportés, mais aussi beaucoup de nouvelles propositions. Avec une prédominance de textes québécois.

Parmi les créations attendues s’impose À cause du soleil, d’Evelyne de la Chenelière, au théâtre Denise-Pelletier. Elle s’inspire d’écrits d’Albert Camus, et d’abord du fascinant L’étranger, dans cette oeuvre qui fait un parallèle entre le récit de 1940 et un immigré algérien dans le Montréal d’aujourd’hui. La créatrice fera aussi équipe avec le metteur en scène Florent Siaud, mais cette fois comme interprète, dans le solo Pacific Palisades, à la salle Jean-Claude Germain. L’auteur Guillaume Corbeil s’y intéresse aux multiples identités d’un fabulateur ayant réellement existé.

La créatrice Evelyne de la Chenelière s’inspire d’écrits d’Albert Camus, et d’abord du fascinant L’étranger, pour la pièce À cause du soleil qui fait un parallèle entre le récit de 1940 et un immigré algérien dans le Montréal d’aujourd’hui

Ajoutons que de la Chenelière joue aussi au sein du beau septuor féminin qui reprend à l’Espace Go La fureur de ce que je pense, le collage qu’a consacré Marie Brassard à Nelly Arcan.

Autre projet attisant la curiosité : Cyclorama, rare collaboration entre des institutions issues des deux solitudes linguistiques. Retraçant l’histoire du théâtre montréalais, la « comédie documentaire » imaginée par Laurence Dauphinais promène le public du Centaur au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, dans un parcours commenté en autobus. La créatrice reprend de plus, avec son compliceMaxime Carbonneau, sa pièce autour de l’aventure spatiale du Voyager Golden Record, Si jamais vous nous écoutez (dont une première version avait été créée sous le titre Dans le nuage), à Denise-Pelletier.

Coïncidence ? D’autres spectacles automnaux braquent les projecteurs sur le théâtre lui-même ou sur des artistes. Avec Showtime — une grosse pièce de théâtre chez Duceppe —, le fantaisiste Projet Bocal hérite d’un premier grand plateau.

Entouré cette fois de compagnons de jeu, le trio examine avec dérision le monde du spectacle, dans cette mise en abyme où Raphaëlle Lalande,Sonia CordeauetSimon Lacroix se mettent en scène en train de monter un divertissement à grand déploiement.

Féminisation du Misanthrope de Molière transportée dans le milieu culturel, Mademoiselle Agnès met en vedette une critique d’art impitoyable (Sylvie Drapeau) face aux mensonges ambiants.Louis-Karl Tremblay adapte ici cette satire de l’Allemande Rebekka Kricheldorf — dont on avait vu le décapant Villa Dolorosa, d’après Tchekhov, en 2013. Au Prospero.

Parlant de l’auteur de Tartuffe, il devient un personnage dans Le roman de monsieur de Molière, au théâtre du Nouveau Monde (TNM). Cette adaptation par Louis-Dominique Lavignede l’oeuvre de Mikhaïl Boulgakov montre l’auteur russe (Jean François Casabonne) et Molière (Éric Robidoux) tentant de préserver leur liberté artistique face au pouvoir.

Il est aussi question de censure potentielle dans Le cas Nicolas Rioux, d’Erika Mathieu, créé chez Duceppe en formule « 5 à 7 » : un conseil municipal doit débattre d’une pièce controversée programmée au centre culturel…

Parole aux autrices

 

Avec Les glaces, Rébecca Déraspe explore un sujet brûlant : le consentement. La pièce créée à La Licorne met en scène deux hommes qui font face à une accusation d’agression sexuelle commise 25 ans plus tôt. Dans Rebota Rebota y en tu cara explota, qu’accueille La Chapelle, l’artiste catalane Agnés Mateus s’attaque frontalement aux féminicides et aux personnages stéréotypés.

Et pour composer Duo en morceaux aux Écuries, qui découpe la relation d’un couple en moments charnières, Marilyn Perreault a rassemblé huit créatrices québécoises, françaises et belges.

Solos

 

Encore cette saison, nombreux sont les interprètes qui s’aventurent seuls sur scène. Dans Rêve et folie, au Quat’Sous, l’intense Sébastien Ricard retrouve sa metteuse en scène de La nuit juste avant les forêts, Brigitte Haentjens, et plonge dans l’univers du poète Georg Trakl, mort prématurément en 1914.

Pour écrire le monologue tragicomique de la pièce Le titre du livre serait Corinne, Marie-Christine Lê-Huuest partie d’un deuil tragique vécu par Annie Darisse. Claude Poissant dirige la comédienne à la Petite Licorne.

Enfin, Émilie Monnet reprend son solo immersif Okinum — créé au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui en 2018 —, à l’Espace Go.


10 pièces à surveiller

Run de lait. Fruit d’une enquête de cinq ans sur l’importante industrie laitière québécoise, la pièce documentaire de Justin Laramée a été bien accueillie lors de sa création au Trident, à Québec. À La Licorne.

Nostalgie2175. Spécialiste du in situ, la metteuse en scène Geneviève L. Blais investit l’ancienne Chapelle des Hospitalières avec ce déambulatoire. La dystopie d’Anja Hilling, célébrée autrice allemande de Tristesse animal noir (monté à Go en 2012), nous transporte dans un futur rendu invivable par le réchauffement climatique.

Déclarations. La réputée chorégraphe Mélanie Demers signe une première mise en scène avec ce texte en fragments de l’auteur canadien primé Jordan Tannahill, qui tente « de capturer l’essence d’une vie ». Au Prospero.

La nuit des rois. Quatre ans après son ludique Songe d’une nuit d’été chez Denise-Pelletier, Frédéric Bélanger met en scène une autre comédie shakespearienne, avec une distribution prometteuse. Au TNM.

Une fille en or.Sébastien David s’inspire des Métamorphoses d’Ovide, rien que ça, dans cette pièce décrivant les mutations de quatre femmes, incarnées par Amélie Dallaire. À Fred-Barry.

Une journée. Cette pièce de Gabrielle Chapdelaine « traite avec légèreté de sujets graves », selon le jury qui lui a décerné le prix Gratien-Gélinas en 2018. Au Quat’Sous.

Le fils. René Richard Cyr adapte ce texte encensé du Français Florian Zeller (oscarisé pour son scénario du film The Father), où un adolescent dépressif va vivre dans la nouvelle famille de son père (Vincent-Guillaume Otis). Au Rideau vert.

Qui a tué mon père. Autre duo filial dans cette pièce qu’a tirée l’écrivain Édouard Louis de son livre autobiographique. Jérémie Niel offre ce face-à-face à Félix-Antoine Boutin et à Martin Faucher, qu’on voit rarement sur scène. Au Quat’Sous.

We are shining forever à la recherche de l’entrée du royaume des morts. Après La vie littéraire, Christian Lapointe adapte pour la scène un autre livre de Mathieu Arsenault. À La Chapelle.

Les waitress sont tristes.Interprète régulier de la compagnie Joe Jack et John, Michael Nimbley signe ici une première création. À l’Espace libre.



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