Un automne théâtral nourri à Québec

La saison qui s’annonce sera l’occasion notamment pour Anne-Marie Olivier de présenter l’un de ses propres spectacles. Après neuf saisons à la barre du Trident, l’ex-directrice artistique et codirectrice générale revient à des projets plus personnels avec «Maurice», récit d’une résilience.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La saison qui s’annonce sera l’occasion notamment pour Anne-Marie Olivier de présenter l’un de ses propres spectacles. Après neuf saisons à la barre du Trident, l’ex-directrice artistique et codirectrice générale revient à des projets plus personnels avec «Maurice», récit d’une résilience.

La programmation fournie des théâtres donne une idée de l’état d’esprit à Québec ; après plusieurs saisons hachurées, le milieu théâtral semble avoir lu l’automne à venir comme un espoir. Avec le souvenir des confinements qui se résorbe, le mot d’ordre montre ici une envie résolue de regarder vers l’avant.

La saison qui s’annonce sera l’occasion notamment pour Anne-Marie Olivier de présenter l’un de ses propres spectacles. Après neuf saisons à la barre du Trident, l’ex-directrice artistique et codirectrice générale revient à des projets plus personnels avec Maurice, récit d’une résilience. Suivant sa sensibilité aux différents parcours de vie, elle incarnera cet homme brillant, économiste et fonctionnaire, victime d’un accident vasculaire cérébral — puis d’aphasie. Que devient le rapport à autrui avec un accès si limité à la parole ? Cette « expérimentation dramaturgique », qui requerra une spectatrice ou un spectateur pour compléter le récit, suivra le simple combat d’un homme pour trouver les mots.

Au Trident, le dernier automne programmé par la femme de théâtre s’ouvrira par ailleurs avec Cabaret. La comédie musicale, connue dans sa version cinématographie de 1972, ramènera les folies du Kit Kat Klub et des nuits berlinoises de l’entre-deux-guerres, dans une livraison du metteur en scène Bertrand Alain. Des chorégraphies d’Harold Rhéaumeaccompagneront cette production pour une quinzaine de comédiens et six musiciens. Au programme : divertissement et provocation, pendant que l’ombre nationale-socialiste étend son emprise.

Du côté de La Bordée, c’est La paix des femmes qui lancera pleinement la saison en septembre. Au moyen de la fiction, ce spectacle autour de la prostitution proposera une réflexion ancrée dans une réalité marginale et pourtant forte de conséquences sur la société. Les questions sont nombreuses autant que clivantes : devrait-on, par exemple, complètement décriminaliser les services sexuels et leur consommation ? Cette pièce de Véronique Côté, publiée chez Atelier 10, a déjà suscité des réactions et risque de continuer à le faire avec son baptême sur les planches.

Du côté du Diamant, on lancera l’offre théâtrale avec quelques représentations des Sept branches de la rivière Ota de Robert Lepage — pour ceux qui auraient manqué ce bijou lors de son passage il y a trois ans. Pendant ce temps, la salle de Premier Acte accueillera pour sa part, en ouverture de saison, On sentait déjà la dynamite à l’âge de pierre. Sur un texte et une mise en scène de Charlie Cameron-Verge et Natalie Fontalvo, la pièce explorera les suites « post-Troisième Guerre mondiale » d’une victoire du Oui à un troisième référendum sur la souveraineté : un intrigant questionnement sur les rêves collectifs… dans un contexte où, le Canada refusant le résultat des urnes, sera déclenchée une guerre d’indépendance du Québec.

Gaïa à l’honneur

Les jumeaux d’Arcadie, au Périscope, ouvre pour sa part le bal d’une série de pièces où l’environnement se pointe en motif récurrent. Sur un texte et une mise en scène de Philippe Soldevila, cette « fable théâtro-musicale tragicomique » cadre un monde de bouleversements écologiques et d’exploitation des ressources ; un monde qui va à sa perte, cependant que la naissance de jumeaux, une fille et un garçon, dans le royaume de la Nouvelle-Arcadie suscitera une question nouvelle : à qui le pouvoir échoira-t-il ?

Certes, les préoccupations environnementales émaillent les saisons théâtrales depuis quelques années déjà. Conséquence d’une crise climatique de plus en plus au coeur de nos préoccupations, le mouvement semble cette année particulièrement marqué. Au Périscope toujours, suivra ainsi en octobre L’usine du Collectif des soeurs Amar (Nikki ne mourra pas), qui choisit un décor post-apocalyptique où la pollution a tué les animaux et changé le fleuve en dépotoir. La mise en scène de Frédérique Bradet suivra deux jeunes adultes en quête d’amour et de beauté, alors que des rejets industriels, meurtrissant les corps, menacent de faire plus de dommages encore.

La Bordée enchaînera quant à elle fin octobre avec Grosse-Île, 1847. Sur un texte et dans une mise en scène du polyvalent Émile Proulx-Cloutier, cette production pour huit comédiens retrace le périple des dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui, au XIXe siècle, ont quitté l’Irlande et la famine pour notre continent. À l’heure du bouleversement climatique et des migrations humaines, ce théâtre documentaire proposera le retour historique comme détour, comme pas de côté pour interroger la résilience humaine et suggérer un regard nouveau sur les nombreuses crises que nous prédisent les années à venir.

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