Décès du dramaturge québécois Normand Chaurette

Normand Chaurette a connu une longue carrière comme auteur de théâtre, mais aussi dans la rédaction de nouvelles et d’essais.
Photo: Chris Young Archives La Presse canadienne Normand Chaurette a connu une longue carrière comme auteur de théâtre, mais aussi dans la rédaction de nouvelles et d’essais.

L’homme de théâtre québécois Normand Chaurette est décédé. Celui dont on disait qu’il écrivait des textes « injouables », mais qui a néanmoins connu du succès à l’international, avait 68 ans.

« Le Québec perd un autre de ses plus beaux fleurons », a commenté sur Internet le dramaturge Michel Tremblay au moment d’annoncer la nouvelle. Son agence d’artiste a confirmé l’information.

Né à Montréal, le 9 juillet 1954, Normand Chaurette a connu une carrière de 40 ans comme auteur de théâtre, mais aussi dans la rédaction de nouvelles et de livre.

Il écrit sa première pièce, Rêve d’une nuit d’hôpital, alors qu’il termine ses études de lettres à l’Université de Montréal. Cette pièce de théâtre radiophonique sera reprise plus tard sur scène. Ce texte inspiré par l’enfance et l’internement du poète Émile Nelligan lui vaudra en 1976 le prix Paul-Gilson.

Dès ces premiers écrits, il trace les contours de ce que deviendra le théâtre québécois des années 1980. L’usage du parler québécois fait alors place à un vocable soigné qui, par le truchement d’une fiction dramatique, fait rayonner le créateur lui-même.

« [En 1982], il a écrit Fêtes d’automne, rappelle au Devoir Lorraine Pintal, metteuse en scène et directrice générale du Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Ça a été une révolution au TNM et pour le public québécois qui découvrait une façon d’écrire dont on n’était pas habitués. […] C’était une écriture de roman, des narrations interminables, sans ponctuation, à la Proust. C’est un fleuve de mot qu’il faut faire entendre. »

Certains disaient de Normand Chaurette que ses textes étaient « injouables ». Ils l’étaient, « jouables », ses textes, à condition d’être un comédien ou une comédienne avec assez de talent pour déclamer des phrases complexes dans la peau d’un personnage sans repère psychologique.

Normand Chaurette a aussi entretenu un dialogue avec Shakespeare durant de longues années, à partir de la fin des années 1980. Il a traduit une dizaine d’oeuvres du « barde immortel ». Usant des vers libres comme son maître à penser, Normand Chaurette a également écrit un essai sur l’auteur anglais. « Shakespeare, c’est le père », racontait-il au Devoir l’an dernier.

Le style de Normand Chaurette était très loin du théâtre émotif. « J’ai l’impression qu’il écrivait avec son sang, Normand. Il écrivait des textes qui s’expliquent peu, mais qui se jouent », suggère Lorraine Pintal.

Le dramaturge québécois n’a pas cessé de connaître du succès. Dans les années 1990 et 2000, ses pièces Le Passage de l’Indiana, Le Petit Kochël et Ce qui meurt en dernier lui ont tous valu des prix du gouverneur général.

Il a également su trouver son public à l’étranger avec notamment la pièce La Société de Métis, jouée en Italie, et Les Reines qui fut la première pièce québécoise jouée devant les sociétaires de la Comédie française.

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