L'histoire de la Corriveau revisitée sous un angle féministe, par-delà la légende

Une scène tirée de la pièce de théâtre «La Corriveau». 
Photo: Thierry Du Bois Une scène tirée de la pièce de théâtre «La Corriveau». 

On a dit qu’elle était une sorcière ayant tué sept époux, rien de moins. La rumeur entourant Marie-Josephte Corriveau, exécutée pour le meurtre de son mari, s’est enflée au point de se transformer en légende. Une histoire restée vivace dans l’imaginaire québécois pour l’ignominie du traitement réservé à son corps, exposé dans une cage. Tout un sujet pour une ambitieuse création de théâtre musical. Portée par une distribution de qualité, La Corriveau. La soif des corbeaux est mise au monde au Centre culturel Desjardins, à Joliette.

La coproduction du Théâtre de l’Oeil ouvert semble moins un spectacle sur sa protagoniste qu’une déconstruction de sa légende. Le procès du procès qui a été fait à cette trentenaire victime d’une double domination. La pièce rappelle le pertinent contexte historique de ce fait divers de 1763, alors que la sentence devient une occasion, pour la cour martiale britannique, d’affirmer son autorité sur la Nouvelle-France récemment conquise en condamnant Marie-Josephte Corriveau — dans une langue qu’elle ne comprend pas. Et avec l’effroyable gibet, elle « servira d’épouvantail pour éteindre tout espoir de rébellion », écrit le coauteur Félix Léveillé dans le programme. L’histoire est aussi revisitée sous un angle féministe, le mari assassiné (Simon Fréchette-Daoust) étant violent. La narration d’une journaliste contemporaine (Karine Lagueux) fait le lien avec aujourd’hui.

Force d’ensemble

La Corriveau offre une audacieuse et curieuse fusion entre les époques et les registres : histoire, folklore, commentaire social, humour. Et parce que la légende a invoqué de la sorcellerie, du fantastique. Ainsi, la machiavélique procureure (flamboyante Frédérike Bédard) ressuscite le mort ! Elle et les autres accusateurs de la Corriveau sont représentés en bande de corbeaux, vêtus de costumes noirs idoines. Une allégorisation surprenante, qui illustre la dimension souvent prédatrice de l’opinion publique, mais qui est poussée loin, croassements inclus.

La pièce est d’ailleurs portée par les tableaux collectifs, avec ces villageois médisants qui deviennent un tribunal populaire — choeur formé par toute la distribution. Hélas, le récit paraît longuet, notamment durant le procès, et certaines scènes, répétitives. Et on s’étonne un peu que La Corriveau donne si peu de présence, au bout du compte, à une femme (Jade Bruneau, qui signe aussi la mise en scène) décrite comme « puissante ». Alors qu’un ou deux personnages périphériques, qui ont droit à une chanson, ne paraissent, eux, guère intéressants.

Toutefois, la musicalité soutient le spectacle de bout en bout, des chansons d’Audrey Thériault aux sonorités éclectiques. La distribution compte de très doués vocalistes, comme Jean Maheux, en père accusé d’abord du meurtre, et Renaud Paradis, en notaire défendant l’inculpée. Mais encore là, plus que les solos, c’est la force d’ensemble qui semble dominer. Des choeurs amples et harmonieux pour évoquer un épisode marquant de notre récit collectif.

La Corriveau. La soif des corbeaux

Direction de création et mise en scène : Jade Bruneau. Texte et paroles : Geneviève Beaudet et Félix Léveillé. Chansons : Audrey Thériault. Du Théâtre de l’Oeil ouvert. Au Centre culturel Desjardins, à Joliette, jusqu’au 23 juillet. Au théâtre Le Patriote, à Sainte-Agathe-des-Monts, du 27 au 31 juillet. Au Carré 150, à Victoriaville, du 4 au 20 août.

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