Théâtre - Un beau petit bateau

Avec la pièce Persée, du Théâtre de la Pire Espèce, l’inventivité est une fois de plus du voyage. Source : Suzane O’neill
Photo: Avec la pièce Persée, du Théâtre de la Pire Espèce, l’inventivité est une fois de plus du voyage. Source : Suzane O’neill

Le monde a-t-il besoin de héros? Ne vous en faites pas: les camarades Ducas, Monty et Gosselin ne se mettent pas martel en tête avec de telles interrogations en partant sur les traces de Persée à la salle Jean-Claude Germain du théâtre d'Aujourd'hui. Et ce, même si Méduse les attend au tournant. C'est plutôt le plaisir et la complicité avec le public qui animent la quête qu'ils entreprennent dans une Antiquité à la fois proche et lointaine.

Après le succès d'Ubu sur la table, le Théâtre de la Pire Espèce fait donc cap sur la mythologie grecque. L'inventivité est une fois de plus du voyage. Agréable compagnie d'ailleurs que cette troupe à mi-chemin entre théâtre d'objet et marionnettes pour adultes, mais sans l'esthétisme qui caractérise souvent de telles aventures. Au contraire, on nage ici en plein bric-à-brac. Et si les interprètes ne manquent pas de s'adresser directement à l'auditoire, le récit emprunte régulièrement des chemins de traverse afin de nous mener en bateau.

Ainsi, les exploits de Persée nous parviennent au gré des découvertes d'un trio d'archéologues en quête de gloire. En suivant l'itinéraire du fils de Danaé, nous assistons au roman d'apprentissage de Tetley, Phips et Digby, équipe londonienne dont les fouilles s'avèrent peu orthodoxes. Tel le héros antique, ceux-ci deviendront des hommes au terme de leurs épreuves. De maman à méduse, en effet, la route est longue... mais jamais dénuée de péripéties ni de poésie, et encore moins de rires en coin.

Car cette fable archéo-mythologique se passe continuellement au deuxième, au troisième et même au quatrième degré. On s'y moque entre autres de la rigidité des conventions théâtrales, des méthodes scientifiques, des niveaux de langage, de la médiatisation à outrance, etc. Il en résulte une expérience jouissive, savante (eh oui!) et doucement irrévérencieuse.

Tant pour ce qui est des objets que des traits caractérisant les personnages, le trio a le sens du détail qui fait mouche. Le bégaiement de Digby, l'attachement maternel de Phips et les lettres d'amour abracadabrantes de Tetley en constituent des preuves irréfutables, tout comme les artéfacts et les tissus, transformés en un clin d'oeil en êtres merveilleux. Le clou du spectacle s'avère à mon avis la scène où une vieille dame indique à Persée quelle prouesse il devra réaliser pour acquérir une réputation immortelle. Cela étant, tout n'est pas que facétieux dans cette équipée.

Je ne suis pas en mesure de dire si Persée plaira à ceux qu'Ubu sur la table avait conquis. La vérité, c'est que je suis arrivé vierge à cette création. Je puis en revanche affirmer qu'elle a produit sur moi un effet similaire à la découverte de Candide, du Théâtre du Sous-marin jaune: à l'avenir, elle me donne le goût de plonger, quelle que soit la destination!