«G’zaagiin»: au rythme de la forêt

Emily Séguin avec son tambour
Photo: Maison Théâtre Emily Séguin avec son tambour

Pieds nus, le regard intrigué, les petits se dirigent dans les coulisses sombres de la Maison Théâtre et entrent sur la scène, espace restreint où est aménagé le décor de G’zaagiin –Je te promets une forêt, cette pièce sensorielle qu’ils s’apprêtent à découvrir. De là, les trois musiciens et comédiens les accueillent au son des oiseaux, une atmosphère enveloppante, un cocon à l’abri du monde.

C’est ainsi, bien installés au centre du décor, comme le noyau de cette histoire, que les enfants attendent, à l’affût de tous les bruits, des couleurs, des gestes des trois artistes qui les entourent. D’un côté, Emily Séguin, de l’autre Marie-Hélène Massy Emond, qui s’amusent avec tambour et violoncelle, grattent, sentent, soufflent sur les instruments, comme une façon de s’approprier le matériau, de faire corps avec lui. À son tour, Emmanuel Cognée, homme-orchestre, chanteur, bruiteur, et musicien, recrée le bruit de la pluie qui tombe, manipule différents objets du quotidien, paille, cul-de-poule rempli d’eau, pour ajouter à l’effet nature proposé par le violoncelle et le tambour. Émergent ainsi des sons inusités, des grognements, des cris, des rythmes bien sûr, des rires, qui feront sourire les enfants tournant la tête d’un côté, de l’autre. Spectacle sans paroles, mais gorgé de sons étonnants, G’zaagiin — qui signifie je t’aime en anichinabémowin — est porté par des artistes d’horizons différents, ce qui contribue à l’effet rassembleur souhaité par la compagnie Voyageurs immobiles. La voix porteuse et le tambour d’Emily Séguin, d’origine anichinabée, rebondissent ainsi sur celles de l’Abitibienne et violoncelliste Marie-Hélène Massy Emond et du Français Emmanuel Cognée. Le tout est soutenu par la metteuse en scène polonaise, Milena Buziak. Une réunion intéressante, mais est-ce suffisant ?

Communion avec la nature

 

Au-delà d’une mise en scène enveloppante, laquelle permet aux petits de se laisser bercer, émerveiller par les sons, la musique et la lumière qui les entourent, G’zaagiin reste quelque peu simpliste, offrant une scénographie peu élaborée. En tête, les nuages surplombant les enfants, faits de papiers de différentes couleurs et installés dans des structures de bois triangulaires, s’illuminent et ballottent au gré des éléments. Un joli décor qui n’est toutefois pas à la hauteur de cette nature que l’on encense.

Photo: Maison Théâtre Marie-Hélène Massy Emond avec son violoncelle

On saisit bien la volonté d’offrir une expérience immersive au théâtre, mais ce cri d’amour lancé à la forêt manque de poésie et de chaleur. On se souvient alors spontanément de Mokatek et l’étoile disparue — Ondinnok, 2018 — qui offrait une proposition similaire sur le plan scénique, cette idée de cocon enveloppant, tout en dépassant le premier degré. Ici, tout est offert de manière un peu saccadée, peu naturelle, sans que nous sentions cette harmonie, cet échange pourtant souhaité avec la nature. Au bout des trente minutes du spectacle, le tambour invite les enfants à battre la mesure en tapant sur leur cœur, ce qui assure une finale touchante, une communion que l’on aurait aimé saisir tout au long du spectacle.

G’zaagiin — Je te promets une forêt

★★★

D’Emily Séguin, Marie-Hélène Massy Emond et Milena Buziak. Avec Emily Séguin, Marie-Hélène Massy Emond et Emmanuel Cognée. Une production de Voyageurs immobiles. Présenté jusqu’au 19 juin à la Maison Théâtre. Pour les 1 à 5 ans.

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