«Elenit»: joyeux carnaval

La fête emprunte sans ménagement au clown, au bouffon, à la commedia dell’arte, au mime et au burlesque.
Photo: Julian Mommert La fête emprunte sans ménagement au clown, au bouffon, à la commedia dell’arte, au mime et au burlesque.

Après Titans, un duo qui avait fait sensation en 2018, Euripides Laskaridis est de retour au Festival TransAmériques. Le metteur en scène grec présente cette fois Elenit, un spectacle de plus grande envergure où dix interprètes au sommet de leur art servent une fable aussi sublime que grotesque, aussi littérale que symbolique, aussi grandiose que décadente, un condensé d’humanité qui ne laissera personne indifférent.

Se déroulant entièrement dans une langue inventée, la fête emprunte sans ménagement au clown, au bouffon, à la commedia dell’arte, au mime et au burlesque. On croise dans ce cirque aux accents opératiques des êtres d’une forte singularité : une aristocrate perchée, une babouchka qui rase le sol, un dinosaure drag queen, une femme à moustache, une fillette narcoleptique qui semble tout droit sortie du Magicien d’Oz… Bêtes de foire et fières de l’être, les personnages sont masqués, grimés ou déguisés, jeunes ou vieux, grands ou petits, certains même amputés.

Plus que tout, la représentation se fonde sur la notion de travestissement, c’est-à-dire qu’elle parvient à la révélation en employant la dissimulation, qu’elle touche à la vérité en passant par la déformation, qu’elle conteste les codes en les détournant, qu’elle récuse l’ordre établi en dépeignant son renversement, sa métamorphose. Surréaliste et démesuré, absurde et loufoque, ridicule et monstrueux, le spectacle est éminemment queer, en raison de son esthétique débridée aussi bien que par le regard décalé qu’il adopte sur le monde.

Hormis une légère baisse de régime dans le dernier tiers de la représentation, c’est avec jubilation qu’on glisse sans cesse du tragique au désopilant, du grave à l’insignifiant, de la préhistoire au futurisme, mais aussi du masculin au féminin, du jeune au vieux, de l’humain à l’animal. C’est un joyeux carnaval, un tohu-bohu irrésistible, un rituel enfumé et musical au cours duquel le grand plateau du Théâtre Jean-Duceppe est mis sens dessus dessous. Mais c’est également un carnaval dans le sens rabelaisien du terme, une fête de tous les possibles, un courageux retour aux sources qui pourrait bien permettre d’imaginer la suite en toute liberté.

Elenit

Mise en scène : Euripides Laskaridis. Une coproduction de OSMOSIS et Onassis Stegi-Athens. Au Théâtre Jean-Duceppe, à l’occasion du FTA, jusqu’au 4 juin.

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