Théâtre Jeunes Publics - Perdus dans un gâteau

Avec ses longs cheveux noirs et ses perçantes orbites, Claudie Gagnon a un peu l'air d'une sorcière ou d'une drôle de bonne fée... «Je suis un peu les deux», répond l'auteure d'Amour, délices et ogre, une pièce pour enfants sans texte qui se déroule dans un immense gâteau.

Produite en 2001 par le Théâtre des Confettis et le Carrefour international de Québec, la chose dévore tout sur son passage. Après des passages remarqués aux Coups de théâtre, l'obtention du Masque des enfants terribles 2003 et un récent séjour au Centre national des arts d'Ottawa, le gâteau s'élève de nouveau au Musée de la civilisation ce Noël. Le hic, c'est que les billets se sont tous envolés. Discussion culinaire avec la cuisinière en attendant de nouvelles reprises.

Attablée dans un restaurant du Vieux-Port, l'artiste esquisse un dessin maladroit pour décrire l'immense pâtisserie qui lui sert de chapiteau. «C'est un gâteau à deux étages avec des cerises sur le dessus!», lance-t-elle en riant. Connue pour son travail en arts visuels, Claudie Gagnon a collaboré à la scénographie et aux décors de plusieurs productions théâtrales (Gros et Détail d'Anne-Marie Olivier, La Maison céleste de Mariette Bouillet, L'Histoire de Raoul d'Isabelle Leblanc) mais Amour, délices et ogre est son unique création. «C'est conçu à hauteur d'enfant, c'est un monde miniature. La partie ronde du gâteau est un musée de la nourriture. On entre dans une pièce puis on découvre cinq, six univers. Il y a des trappes, des portes, il faut grimper, sauter.»

Les enfants pénètrent dans un lieu étrange, qui n'est pas nommé. Des personnages s'activent, mais nul ne sait ce qui se passe: «On est dans la bouche, dans le ventre de l'ogre. C'est Jonas. On s'est fait avaler. C'est une baleine. Ça fait référence à un million de choses mais ce n'est pas important de le savoir.» Claudie Gagnon a voulu faire appel à tous les sens de l'enfant. La texture des murs invite au toucher, des sucreries sont distribuées aux petits. Le théâtre de l'artiste est à l'image de ses installations: à la fois généreux et gourmand de notre imaginaire. «Les enfants sont plus intelligents qu'on le pense. On a l'habitude de tout dire, tout baliser. Là, il n'y a pas beaucoup de réponses, ça fait beaucoup appel à l'intelligence des spectateurs.»

Sortes d'apparitions, les comédiens (Valérie Descheneaux et Éric Leblanc) incarnent plusieurs personnages à la fois: des amoureux, une fée gourmande, un cuisinier... Perché dans les hauteurs du gâteau, un musicien (Olivier Forest, reprenant les arrangements conçus par Frédéric Lebrasseur) se charge de donner la cadence à l'ensemble avec pour seuls instruments des ustensiles de cuisine. «Le musicien est une mouche géante. C'est l'espèce de bibitte qui n'a pas d'affaire dans le gâteau. Il bruite chaque petit geste. Ce sont des minuscules actions.»

La gentille sorcière aime tout particulièrement présenter des oeuvres aux petits parce qu'ils sont moins empêtrés dans les références culturelles. Les grands peuvent venir assister à Amour, délices et ogre mais à condition de se laisser rapetisser. Dans le programme, on les encourage à s'habiller de façon décontractée. «C'est plus difficile pour eux. D'ailleurs, celle qui présente le spectacle demande toujours aux enfants d'aider leurs parents. C'est charmant. On entend des: "Viens, papa! Par ici, maman!"».

- Du 26 au 30 décembre (13h et 15h) au Musée de la civilisation, 85, rue Dalhousie, salle 3C, à Québec.