Du théâtre jeunesse inclusif en Montérégie

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
Le dialogue interculturel est au cœur du travail de la compagnie Motus. Ici, Baobab, un conte d’Afrique de l’Ouest, qui met en scène l’arbre emblématique de la savane.
Photo: Sylvie-Ann Paré Le dialogue interculturel est au cœur du travail de la compagnie Motus. Ici, Baobab, un conte d’Afrique de l’Ouest, qui met en scène l’arbre emblématique de la savane.

Ce texte fait partie du cahier spécial Culture Montérégie

Le théâtre jeunesse s’adapte brillamment à son auditoire et reflète les valeurs de la société québécoise. La preuve : L’Arrière Scène et Motus, deux institutions basées en Montérégie.

« Rien n’est indicible pour le jeune public », affirme Jean-François Guilbault, codirecteur général et directeur artistique de L’Arrière Scène, centre dramatique pour l’enfance et la jeunesse en Montérégie, qui produit des spectacles maison et diffuse également des œuvres externes. « Qu’elle s’adresse aux enfants ou aux adultes, la dramaturgie doit être au même niveau de qualité. »

Le passé revisité

Ce théâtre de Belœil veut redonner aux textes des dernières décennies leurs lettres de noblesse et les ancrer dans le XXIe siècle. Les deux dernières années ont beau avoir perturbé ses activités, le théâtre s’est vite adapté en proposant des spectacles en classe, dans les cours d’école et même en mode virtuel.

C’est dans ce contexte qu’est né le Théâtrophone, une plateforme audio créée en partenariat avec la Maison Théâtre, composée de 30 compagnies de théâtre, et avec le théâtre jeunesse Les Gros Becs. « On voulait laisser une trace numérique d’œuvres plus anciennes, des 20 ou 30 dernières années, revues par de jeunes metteurs en scène », ajoute Jean-François Guilbault.

Comme L’arche de Noémie, une pièce des années 1990, que le directeur artistique a tenu, dès son arrivée en poste en 2019, à replacer dans l’univers contemporain. Le monologue est interprété par quatre comédiennes issues de la diversité culturelle — Québec, Haïti, Chine et Maghreb — et la trame musicale est signée Jorane.

« Faire entendre la pluralité des voix est l’un de nos critères, dit Jean-François Guilbault. Il n’y a pas tant d’artistes et d’écrivains issus de la diversité qui s’adressent au jeune public. » Inspirée de l’arche de Noé biblique, cette pièce aborde, entre autres, les thèmes ô combien actuels de l’isolement, du confinement et de l’anxiété.

Théâtre de l’éveil

L’ancrage dans la modernité passe aussi par le maillage entre le théâtre et les autres formes artistiques, comme la poésie, la danse, la musique et les arts visuels. Une caractéristique née de la vision de Serge Marois, artiste et fondateur de L’Arrière Scène, inspiré par la signature européenne du théâtre pour jeunes.

Ainsi, sa programmation allie les arts du cirque, la manipulation de marionnettes et la danse pour un public du préscolaire à l’adolescence. Pour maximiser l’expérience théâtrale des jeunes, L’Arrière Scène offre aux enseignants des ateliers de médiation culturelle (également en version numérique) « qui aident à adapter le langage et à transférer les concepts pour les faire entendre aux jeunes, dit-il. Parfois, les enseignants ne se sentent pas aptes à aborder la culture auprès de leurs élèves ; nous, nous voulons que le théâtre soit perçu comme accessible par tous ».

Car, quel que soit son auditoire, le théâtre suppose d’établir un pacte entre l’œuvre et son public. L’objectif de cette médiation : provoquer une étincelle et susciter une réflexion chez les jeunes puisque « la culture n’est pas un produit de consommation comme un autre, même si on la réduit parfois à ça », résume Jean-François Guilbault.

Inclusion et diversité

Cette année, L’Arrière Scène a reçu la compagnie Motus, établie à Longueuil, avec le spectacle Arbre, tout un monde, créé spécifiquement pour les enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme, une déficience intellectuelle, ou qui sont à mobilité réduite. « Pour ces enfants, les surprises visuelles ou sonores peuvent être anxiogènes, explique Mathilde Addy-Laird, codirectrice artistique de Motus. On les aide à entrer dans l’imaginaire de la pièce en douceur, en leur montrant les marionnettes avant le spectacle. »

Pour les artistes, il s’agit d’essayer d’entrer dans le monde des enfants pour que leur expérience soit positive. Ce type de théâtre inclusif, bien développé au Royaume-Uni, commence à faire son entrée au Québec. Les séances sont présentées devant un public limité et s’adaptent, autant que possible, aux réactions de chacun d’eux. Pionnier en la matière au Québec, Motus tient à partager son expertise avec les diffuseurs de spectacles grâce à son outil d’accompagnement : arbre-motus.com.

Le dialogue interculturel est également au cœur du travail de la compagnie Motus avec, notamment, Contes ambulants, qui s’adresse aux 5 ans et plus (aussi offert en webdiffusion). Trois contes sont racontés dans un lieu public par trois artistes d’ici et d’ailleurs : le conte iroquois, Otjiera et le jeûne du rêve ; La chasse-galerie, le thème classique québécois ; Baobab, un conte d’Afrique de l’Ouest, qui met en scène l’arbre emblématique de la savane.

La troupe, qui se produit au Québec et à l’international, présentera Baobab le 14 mai, dès 10 h 15, à l’occasion du 20e anniversaire de Motus, durant le festival Petits bonheurs de Longueuil, au carré Isidore-Hurteau.

Fidèle à sa valeur d’inclusion, le projet de cette année est de présenter Arbre, tout un monde en version adaptée aux tout-petits, de 0 à 4 ans.

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