Solidarités théâtrales avec l’Ukraine

Le théâtre Prospero propose une lecture de «Mauvaises routes» de l’autrice ukrainienne Natalka Vorojbyt, née à Kiev en 1975.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Le théâtre Prospero propose une lecture de «Mauvaises routes» de l’autrice ukrainienne Natalka Vorojbyt, née à Kiev en 1975.

Deux événements artistiques en solidarité avec l’Ukraine sont organisés dans les prochains jours à Montréal autour de lectures de textes d’auteurs ukrainiens, la première au théâtre Prospero (le dimanche 1er mai à 13 h, en français) et la seconde au Centaur Theatre (le mardi 3 mai à 19 h, en français et en anglais).

Les deux activités vont servir à exposer et à célébrer la culture du pays envahi depuis deux mois par la Russie tout en encourageant les dons pour aider les victimes de la guerre. Les artistes et les artisans de la scène travailleront bénévolement.

Le théâtre Prospero propose une lecture de Mauvaises routes de l’autrice ukrainienne Natalka Vorojbyt, née à Kiev en 1975. La pièce prémonitoire, créée à Londres en 2017, raconte les vies fragmentées de personnes touchées par un conflit dans la région du Donbass, maintenant réellement assiégée. Un film scénarisé par Mme Vorojbyt représentait l’Ukraine aux Oscar cette année.

Une douzaine de comédiens

La lecture sera proposée par une douzaine de comédiens, dont Paul Ahmarani, Catherine de Léan et Gregory Hlady, lui-même à l’origine de cette lecture-bénéfice. « La guerre est devenue un événement planétaire qui touche tout le monde, explique l’homme de théâtre. Moi, cette guerre me concerne personnellement. »

Né à Khorostkiv, en Ukraine, du temps de l’URSS, il a été formé comme acteur à Kiev et comme metteur en scène à Moscou. Il s’est installé à Montréal il y a plus de 30 ans. « Des acteurs avec qui j’ai déjà travaillé sont morts. Beaucoup de mes collègues ont pris les armes et participent ouvertement à la guerre. J’ai de nombreux amis là-bas, et mon frère, qui vit en Ukraine de l’Ouest. »

« Écriture de résilience »

Gregory Hlady sera aussi du spectacle Voices from Ukraine au Centaur Theatre mardi. Cette fois, la lecture s’organisera autour d’une sélection de textes ukrainiens lus notamment par Céline Bonnier, Julie Le Breton et Leni Parker. La violoniste Katherine Palyga, de l’OSM, elle aussi d’origine ukrainienne, jouera pour l’occasion. Cet autre événement-bénéfice s’arrime à une série proposée dans d’autres villes d’Amérique du Nord.

L’auteur Michel Marc Bouchard est commissaire du spectacle avec Leslie Baker. Il a visité l’Ukraine en 2017. « Je me sentais impuissant et j’avais besoin de faire quelque chose, et c’est comme ça que mon projet personnel s’est arrimé à celui du Centaur », explique-t-il.

Le florilège de textes récents comprend le poème tout récent Paper Boy du jeune poète ukrainien de 18 ans Vitaly Bilozir. Des informations sur la situation actuelle de tous les auteurs seront transmises pendant la soirée.

« Les textes parlent de ce que subit ce pays depuis très longtemps, dit M. Bouchard. Ils racontent le régime communiste, Tchernobyl, l’invasion de la Crimée, le Donbass, la révolution de Maïdan et les millions de réfugiés, résume-t-il. C’est une écriture de résilience. »

Les deux soirées peuvent être perçues comme des contrepoids aux institutions culturelles qui continuent de recevoir des artistes russes ne dénonçant pas fermement la guerre. « Je suis ambigu par rapport au boycottage des artistes russes, dit M. Bouchard. Il faut juger à la pièce. Mais une soirée russe à l’OSM… Êtes-vous déconnectés à ce point-là ? »

M. Hlady, lui, est bien surpris de constater les prises de position de ses collègues russes. « Beaucoup sont “brainwashés” par la propagande », dit-il. Il souhaite que les artistes russes adoptent une position ferme et dénoncent la guerre. « C’est comme évident. Il faut dire les choses comme elles sont. On ne peut se contenter de déclarations vagues demandant la paix partout sur la planète. »

Au Prospero, les spectateurs seront invités à faire un don à la Fondation Canada-Ukraine après avoir réservé leurs places. Au Centaur, il y aura une collecte pour deux fondations, mais Michel Marc Bouchard explique que le but premier reste vraiment de donner la parole à la culture.

« Notre réaction contre la Russie et pour l’Ukraine veut montrer la force du peuple ukrainien et de la culture ukrainienne, dit-il. Je dirais aussi égoïstement que cette célébration de la résilience va nous faire du bien à nous moralement. »

 

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