Le mythe de la Corriveau revu et corrigé

Une partie  de la distribution de la pièce :  Frédérique Mousseau (la cousine), Jean Maheux (le père), Frédérike  Bédard (la procureure), Simon Labelle-Ouimet (le fou), Renaud Paradis (l’avocat), Karine  Lagueux (la journaliste), Jade Bruneau (La  Corriveau) et  Simon Fréchette-Daoust (le mari)
Marie-France Coallier Le Devoir Une partie de la distribution de la pièce : Frédérique Mousseau (la cousine), Jean Maheux (le père), Frédérike Bédard (la procureure), Simon Labelle-Ouimet (le fou), Renaud Paradis (l’avocat), Karine Lagueux (la journaliste), Jade Bruneau (La Corriveau) et Simon Fréchette-Daoust (le mari)

La Corriveau, cette femme célèbre pendue pour le meurtre de son mari, dont le corps a ensuite été exposé dans une cage pendant des semaines sur la Côte-du-Sud, était-elle une victime de violence conjugale ? A-t-elle fait les frais d’un procès bâclé où les accusés et les témoins francophones ne parlaient pas la langue de la nouvelle administration, l’anglais ?

Ce sont les questions que pose une nouvelle mise en scène de cette histoire qui se répète de bouche à oreille au Québec depuis la nuit des temps — ou plutôt depuis le 27 janvier 1763, date fatidique où le second mari de Marie-Josephte Corriveau, Louis Dodier, est trouvé mort, assassiné de coups à la tête.

« La légende voulait que ce soit une sorcière qui avait tué ses sept maris », dit Jade Bruneau, qui agit à la fois comme comédienne, chanteuse, metteuse en scène et productrice pour le Théâtre de l’Œil ouvert dans ce projet. « Avec le recul, c’est assez évident que c’était un cas de légitime défense, ajoute-t-elle. Ceci étant dit, on ne peut pas le prouver à 100 %. »

L’équipe du Théâtre de l’Œil ouvert, dont Simon Fréchette-Daoust assume aussi la codirection artistique, a bâti La Corriveau, la soif des corbeaux, une pièce de théâtre musical pour laquelle une série de 25 chansons ont été écrites. « On est partis de la légende, mais on s’intéresse beaucoup à la vraie histoire », dit Jade Bruneau. La pièce s’appuie sur ces éléments véridiques pour dégager « une nouvelle parole contemporaine, féministe engagée », note-t-elle.

Cette vérité, l’équipe l’a surtout trouvée dans le livre La Corriveau, de l’histoire à la légende, signé par Catherine Ferland et Dave Corriveau aux éditions du Septentrion. Les auteurs y plantent d’entrée de jeu le contexte historique du drame, trois ans après la Conquête, dans une ancienne colonie française où les Britanniques ont besoin d’asseoir leur domination. Cette situation pourrait, selon l’historienne Ferland, expliquer le châtiment extrêmement sévère du gibet imposé par la Couronne britannique à Marie-Josephte Corriveau.

Une peine exceptionnelle

« La peine d’encagement est assez exceptionnelle », dit l’historienne, qui croit que les Britanniques l’ont utilisée comme « démonstration de pouvoir » dans la nouvelle colonie qu’ils venaient de gagner.

Un détail mérite cependant d’être soulevé : au départ, un procès avait été intenté contre deux personnes, Joseph Corriveau et sa fille, Marie-Josephte, accusée de complicité. Lorsqu’il est reconnu coupable, dans un premier temps, le père Corriveau n’est pas condamné au gibet. Puis, il se rétracte, se prétend innocent, et dit que ses aveux ont plutôt servi à couvrir sa fille Marie-Josephte qui est, dit-il, seule coupable du meurtre de Louis Dodier. Marie-Josephte avoue alors sa culpabilité. Dans son livre, Catherine Ferland avance que la peine pourrait avoir été plus sévère envers Marie-Josephte parce qu’en tuant son mari, elle s’attaquait à quelqu’un auquel elle était subordonnée.

Le gibet, en tous les cas, a eu son effet. Et la légende a fait son œuvre.

D’abord, les gens se sont mis à se demander si la Corriveau avait eu quelque chose à voir avec la mort de son premier mari, décédé d’un virus contracté sur le champ de bataille contre les Anglais. On a dit qu’elle avait versé du plomb dans ses oreilles pour le tuer. Puis, on a multiplié les manières présumées par lesquelles elle aurait commis ces meurtres, et les maris pour y correspondre…

Une femme libre

Pour Jade Bruneau, la Corriveau était plutôt une femme libre. « Elle avait des opinions politiques. Elle allumait des feux de grève pour avertir l’armée française des déplacements de l’armée anglaise. Elle ne prenait pas son trou », dit-elle.

Catherine Ferland renchérit en soulignant que Marie-Josephte Corriveau s’était remariée avec un homme plus jeune qu’elle, ce qui faisait peut-être des jaloux. Son personnage a de toute façon inspiré les littéraires, particulièrement au XIXe siècle, qui en ont fait une sorte de Barbe bleue au féminin, relève-t-elle.

Le Théâtre de l’Œil ouvert s’intéresseparticulièrement aux figures fortes de femmes, souligne Jade Bruneau. On y présente justement Clémence, un théâtre chanté sur la vie l’œuvre de Clémence Desrochers.

La Corriveau, la soif des corbeaux prendra l’affiche successivement à Joliette du 7 au 23 juillet, à Sainte-Agathe-des-Monts du 27 au 31 juillet et à Victoriaville du 4 au 20 août.

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