«Pétrole»: le sujet qu’on ne peut plus ignorer

La pièce «Pétrole» suit le désenchantement et la chute de Jarvis, depuis 1979, année où le scientifique est embauché par une compagnie pétrolière afin d’explorer les impacts des hydrocarbures.
Photo: Danny Taillon La pièce «Pétrole» suit le désenchantement et la chute de Jarvis, depuis 1979, année où le scientifique est embauché par une compagnie pétrolière afin d’explorer les impacts des hydrocarbures.

Reports pandémiques obligent, Pétrole aboutit sur scène à un moment particulièrement opportun, alors que les paradoxes de la société canadienne, dépendante de l’or noir, apparaissent. Et la démarche de son protagoniste bien intentionné semble faire écho à celle de cet environnementaliste qui a fait le pari du pouvoir : espérer changer les choses de l’intérieur du système…

« Fiction documentée » à partir d’un dossier du New York Times, la pièce de François Archambault décrit une occasion manquée : celle de lutter contre le réchauffement climatique, dont on connaissait déjà les effets néfastes, en enclenchant la transition écologique dès les années 1980. Pétrole suit le désenchantement et la chute de Jarvis, depuis 1979, année où le scientifique est embauché par une compagnie pétrolière afin d’explorer les impacts des hydrocarbures, jusqu’à 40 ans plus tard, après son suicide qui aurait causé un feu de forêt en Californie. Le personnage est campé par un Simon Lacroix aussi convaincant dans l’idéalisme naïf que dans la dérive.

C’est dans la confronta tion d’idées entre les personnages, plus que dans leur drame — plutôt esquissé —, que la pièce capte l’intérêt

Mais ce premier texte d’Archambault créé pour un grand plateau, vaste récit éparpillé entre plusieurs rôles et deux époques (et les scènes situées en 2018, avec les descendantes de Jarvis, ne sont pas les plus prenantes), est d’abord une pièce de débats. C’est dans la confrontation d’idées entre les personnages, plus que dans leur drame — plutôt esquissé —, que la pièce capte l’intérêt. Un sujet dont le dramaturge expose clairement les enjeux. Si on a déjà connu l’auteur de La société des loisirs encore plus grinçant, le dramaturge appuie le côté absurde de certaines discussions et injecte de l’humour dans ce texte chargé d’un nécessaire contenu informatif.

La pièce culmine dans la scène clé de la commission gouvernementale, où l’urgence des scientifiques militants se fracasse sur l’extrême prudence et l’immobilisme des décideurs. Un tableau à la fois intense, décourageant et divertissant, qui pourrait hélas se passer aujourd’hui. Comme le conclut cyniquement la représentante de la compagnie (tranchante Elkahna Talbi) : les gouvernements ne bougent pas parce que les gens ne veulent pas changer leur mode de vie. Nous, quoi.

La metteuse en scène Édith Patenaude prouve encore une fois son don pour animer un plateau, organiser avec rythme la circulation de ces spectacles qui multiplient les lieux et les personnages, avec une distribution qui se transforme (notons, entre autres, l’irrésistible Olivia Palacci).

La saisissante scénographie signée Claire Renaud semble illustrer les extrêmes climatiques qui nous guettent : elle est dominée par un cercle qui, sous les éclairages, devient une boule de feu, tandis qu’au sol, les interprètes marchent littéralement dans l’eau. L’inconfort d’une humanité qui patauge dans son problème environnemental. Un danger qu’on ne peut plus ignorer puisqu’on a les deux pieds dedans.

Mais, bien sûr, c’est d’une grande pièce dénonçant le réchauffement climatique il y a 40 ans que nous aurions vraiment eu besoin…

 

Pétrole

Texte : François Archambault. Mise en scène : Édith Patenaude. Au théâtre Duceppe jusqu’au 14 mai

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