Le parti pris de la création

C'est autour d'une bonne table réunissant son équipe et quelques journalistes de la presse écrite que Rémi Boucher, le directeur des Coups de théâtre, traçait hier le bilan de la huitième édition de son festival.

Un bilan positif et nettement enthousiaste, faut-il le préciser, puisque, tout au long du festival, les salles étaient constamment remplies à craquer de petits monstres fort actifs. Boucher s'est dit très fier de la qualité générale de l'édition 2004 du festival et il a d'ailleurs indiqué, d'entrée de jeu, que la moyenne des assistances aux Coups de théâtre avait fortement augmenté pour se situer à plus de 94 %: «C'est une augmentation globale de plus de 10 % par rapport à 2002. Dans le secteur scolaire, l'augmentation atteint presque les 30 % [28,7 %]. Et pour les spectacles ouverts au grand public, elle est aussi fort importante.» Le chiffre global de 10 % est étonnant pour ceux qui ont suivi une édition 2002 singulièrement désertée par les écoliers à la suite du changement de date du festival. L'écart semble traduire assez faiblement le changement radical, mais il s'expliquerait par le fait qu'on a programmé plus de spectacles dans de petites salles cette année.

Dans une conversation à bâtons rompus, Rémi Boucher a aussi profité de la rencontre pour souligner la très forte présence des programmateurs étrangers dont la plupart assistaient aux assises de Cinars, ce qui ne peut certes nuire à la réputation internationale des Coups de théâtre. Puis il a fait le tour des spectacles qui ont suscité le plus d'intérêt comme L'Année du lièvre, Richard III, Nosferatu, Keiju et le troublant Chair de papillon de Damien Bouvet, chez les étrangers. Et Glouglou, Histoire à dormir debout, L'Îuf et L'Arche du côté des Québécois. On vous a parlé tous les jours durant le festival du choc provoqué par certaines productions et de la qualité générale de la programmation: nous n'y reviendrons pas ici. «La réception des spectateurs et des médias a été excellente tout au long du festival, a encore fait remarquer Rémi Boucher. Les opinions ne sont pas toujours les mêmes, cela va de soi, mais les médias ont suivi le festival de très près comme ils suivent tous les grands festivals. [...] Nous avons pris des risques et choisi le parti pris de la création parce que c'est aussi la vocation du festival. Il aurait peut-être fallu préciser davantage que L'Îuf est un spectacle en chantier qui sera créé en septembre 2005 au congrès mondial de l'Assitej, mais ce fut pour nous l'occasion de tester toutes sortes de choses en donnant le spectacle dans plusieurs lieux — dont le Biodôme — pour mieux arriver à fixer l'âge du public-cible ou le ton général.»

Cette année les Coups de théâtre accueillaient aussi les professionnels du milieu, les programmateurs étrangers et aussi des enfants dans son volet rencontres et ateliers. Conséquence directe de tout cela, un spectacle de danse de la chorégraphe Hélène Blackburn inspiré du travail en atelier devrait faire partie de la programmation 2006 du festival. C'est un volet qui devrait connaître une expansion considérable en 2005.

Pour Rémi Boucher, Coups de théâtre est un projet artistique global, une biennale de création contemporaine qui intègre des arts différents comme la danse, la musique, l'installation et l'opéra; le festival contribue ainsi à positionner Montréal comme une plaque tournante du spectacle jeune public tout en ayant une influence profonde sur l'évolution générale des mentalités. L'événement roule avec un budget d'environ 800 000 $ alors que celui du congrès mondial de l'Assitej en 2005 — de l'organisation duquel le festival se chargera — devrait atteindre 2,7 millions. Il est intéressant de souligner que c'est grâce au secteur privé, et en particulier de la Fondation Chagnon, que le congrès accueillera des délégués et des spectacles provenant des 80 nations qui composent l'Assitej. On aura l'occasion de se reparler de tout cela.