«Faire crier les murs»: sur les traces de Banksy

«Faire crier les murs» est une ode au besoin et au droit de se raconter, de prendre conscience de la douleur, des inégalités, mais aussi une ode à toute la beauté et à tous les possibles de l’art.
Photo: Jean-Charles Labarre «Faire crier les murs» est une ode au besoin et au droit de se raconter, de prendre conscience de la douleur, des inégalités, mais aussi une ode à toute la beauté et à tous les possibles de l’art.

Jade n’a jamais connu son père. Sa mère, actrice et chanteuse continuellement en tournée, évite le sujet avec son adolescente. Mais à 13 ans, la tête pleine de questions et poussée par une volonté infinie de retrouver ce père manquant, Jade s’invente un idéal, un rêve de père, autour de Banksy, cet artiste engagé que lui fait découvrir son ami Tom. Chargée d’espoir et de doutes, la jeune fille prend ainsi la route de Londres dans ce qui se révèle être une quête initiatique.

Après Je suis William, offerte en 2019, l’autrice Rébecca Déraspe et le metteur en scène Sylvain Scott (Théâtre Le Clou) renouent autour de Faire crier les murs, une toute nouvelle création, dans laquelle ils explorent le pouvoir de l’art, mais aussi beaucoup la filiation et l’éternel besoin d’amour et d’affection. Portée par un don étonnant, soit celui d’imaginer tout ce qui se passe derrière les murs, Jade (Inès Talbi), un peu à la manière de Banksy qui peint les tourments d’une époque sur les murs, voit la douleur des gens derrière les façades des maisons, leur quotidien, la détresse d’un enfant, par exemple, qui demande à sa mère pourquoi elle n’a plus de cheveux. Il y a dans cette pièce à la fois touchante et profonde tout ce jeu de découverte autour de Banksy, de l’art de la rue. Un artiste provocateur dont les œuvres sont projetées sur un écran au-dessus de la scène tout au long du spectacle.

Mais il y a aussi la quête de l’amour paternel et, au bout de la route, maternel. Parce que, dans toute cette volonté de retrouver son père, Jade cherche aussi à conquérir sa mère (Geneviève Alarie), avec qui elle retissera des liens précieux. Et il y a Tom (Gabriel Favreau), garçon tendre qui accompagne et soutient avec douceur la déterminée Jade dans cette traversée. Geneviève Alarie est fabuleuse d’extravagance en mère chanteuse, et tout aussi solide dans son rôle d’Angela — femme que rencontrera Jade dans son périple. Gabriel Favreau passe quant à lui de son rôle de Tom à celui de la fille d’Angela avec une aisance enviable. Alors qu’Inès Talbi joue avec naturel et authenticité une Jade candide, pétillante et débordante d’idéaux.

Ce qui fait la force de la pièce, qui reste, en fin de compte, peut-être un peu trop nichée et complexe pour les plus jeunes (autour de 11 ans) qui étaient présents à la Maison Théâtre — la mise en contexte présentée avant le début de la pièce par les comédiens est, à cet effet, nécessaire afin de permettre aux jeunes de bien saisir la portée du texte —, tient dans cette mise en scène à la fois sobre et ingénieuse signée Sylvain Scott. Sur scène, les comédiens-chanteurs sont accompagnés de la musicienne Laurie Torres et de sa batterie. Le beat, puissant, devient personnage, soutient les comédiens dans leur prestation. D’ailleurs, les trois artistes ont de grandes voix, notamment Geneviève Alarie, qui éclipse plusieurs chanteuses de métier. Et, élément clé qui a su faire réagir les jeunes, la présence récurrente de ce rat sur scène — alter ego de Banksy —, joué par Gabriel Favreau affublé d’une immense tête du rongeur réalisée par Lyne Beaulieu. Fameux.

Faire crier les murs est une ode au besoin et au droit de se raconter, de prendre conscience de la douleur, des inégalités, mais aussi une ode à toute la beauté et à tous les possibles de l’art.

 

Faire crier les murs

★★★ 1/2

Texte et paroles : Rébecca Déraspe. Mise en scène et scénographie : Sylvain Scott. Interprétation : Geneviève Alarie, Gabriel Favreau et Inès Talbi. Concepteurs de la musique : Benoit Landry et Chloé Lacasse Une production du Théâtre Le Clou présentée jusqu’au 3 avril à la Maison Théâtre.

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