Le milieu du théâtre satisfait par les annonces budgétaires du gouvernement

Hélène Roulot-Ganzmann et Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Pour le CQT, il apparaît important que le soutien financier vise en priorité les artistes et non uniquement les structures et les organisations.
Photo: Getty Images Pour le CQT, il apparaît important que le soutien financier vise en priorité les artistes et non uniquement les structures et les organisations.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Pour que le milieu se remette des séquelles de la pandémie, le Conseil québécois du théâtre réclamait une vision à long terme et un investissement dans le bien-être des artisans du métier. À la suite du dépôt du budget, plus tôt cette semaine, il a le sentiment d’avoir été entendu et que les investissements ont été faits à des endroits que le milieu avait jugé prioritaires.

La grande déception des deux dernières années pour le milieu théâtral réside dans l’absence de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, selon la coprésidente du Conseil québécois du théâtre (CQT) Laurence Régnier. « Le fait de ne pas avoir de dialogue avec celle qui nous représente, ça a été dur, exprime-t-elle. C’est difficile de fonctionner, d’être rigoureux au travail, de garder la motivation quand politiquement, on a de la misère à ouvrir les dialogues sur notre réalité et qu’on a des annonces au compte-goutte. »

Pour que cette relance culturelle se passe différemment et sereinement, le CQT demandait des balises claires pour l’avenir et des ressources financières afin d’enlever un poids sur les épaules de ceux et celles qui tiennent le milieu à bout de bras. « On demandait une vision pour qu’on arrête de demander aux travailleurs culturels qui sont complètement épuisés de constamment s’adapter », poursuit Laurence Régnier.

Après deux années d’attente, le milieu semble finalement avoir été entendu. Le budget 2022-2023 prévoit en effet l’octroi d’une enveloppe de 72,1 millions de dollars pour l’année à venir afin de soutenir le secteur culturel face aux effets de la pandémie qui se font encore sentir. Elle va permettre de prendre le relais de la mesure d’aide à la billetterie qui avait été instaurée pour compenser les ventes de billets réduites en raison de la jauge limitée des salles de spectacle pour assurer une distanciation physique entre les membres du public. 136,6 autres millions de dollars seront répartis au cours des trois prochaines années entre la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), qui recevra 58,6 millions de dollars, et le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui en obtiendra 78 millions. Ces deux sociétés d’État seront chargées de faire ruisseler cet argent au sein du milieu culturel à travers leurs différents programmes.

« Je suis rassurée que cela passe par le CALQ, car c’est notre premier interlocuteur et il connaît nos besoins, a indiqué la directrice générale de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU Julie-Anne Richard à nos confrères de Radio-Canada. Cet argent risque aussi de couler dans nos enveloppes de fonctionnement. »

Par voie de communiqué, le directeur général des Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ), Jon Weisz, s’est dit ravi de lire dans le nouveau budget que l’argent allant à la SODEC et au CALQ visera notamment à soutenir davantage la relève artistique.

Du financement au bon endroit

 

Pour le CQT, il apparaît important que ce soutien vise en priorité les artistes et non uniquement les structures et les organisations. « Le fait de réinjecter de l’argent là où il y était déjà, ça décuple les inégalités, que ce soit pour la relève, la diversité, les jeunes compagnies, souligne la coprésidente du CQT Rachel Morse. On engage des gens de passion, mais on n’a pas les moyens de les engager à long terme ou à un salaire compétitif. » 

Parmi les autres demandes exprimées par le CQT, on réclame que les mesures de soutien au fonctionnement et à la diffusion découlant de la COVID-19 se poursuivent tant que les conséquences de la pandémie se feront ressentir. « On parle principalement des effets sur la baisse de la fréquentation du public dans les salles, qui va peut-être durer plusieurs années, et de la surcharge de travail qui est encore bien présente. » Actuellement, plusieurs compagnies, dites intermédiaires, n’ont pas accès au soutien de fonctionnement, selon le CQT. C’est-à-dire que toutes les heures travaillées sont loin d’être toutes rémunérées.

72,1 millions
C'est le montant en dollars que le budget provincial octroie cette année au milieu culturel afin de faire face aux effets de la pandémie.
 

En outre, le CQT souhaite également un soutien pour la diffusion, de même que pour la recherche et le développement des projets en début de création. « Il ne faut pas seulement prioriser les projets qui sont diffusés, mais aussi les projets des artistes qui consacrent une grande partie de leur carrière et de leur temps à chercher comment être pertinent et comment avoir une répercussion humaine dans notre société. »

De surcroît, devant la difficulté de recruter une relève, à cause des conditions de travail difficiles, Rachel Morse craint pour l’avenir lorsque les travailleurs actuels « partiront en burn-out ». « Il faut qu’on nous aide à soutenir les employés et les artistes, que ce soit sur le plan de la santé mentale ou de l’assurance-emploi, qui concerne plus le Canada, estime-t-elle. Il faut mettre sur pied des programmes pérennes comme le suivi psychologique qui a été mis sur pied durant la pandémie. »

Tous espèrent donc que les bonnes nouvelles rapportées par le budget permettront au milieu de sortir un tant soit peu la tête de l’eau. 


Depuis la publication de ce texte, la ministre de la Culture et des Communications, Mme Nathalie Roy, a annoncé la reconduite de deux mesures phares réclamées par le milieu culturel, soit la mesure de soutien à la diffusion de spectacles québécois et le programme de maintien des capacités de production dans le secteur audiovisuel, qui seront maintenus jusqu'au 31 mars 2023.

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