Wajdi Mouawad refuse de déprogrammer le chanteur Bertrand Cantat, malgré la polémique

Wajdi Mouawad dit refuser de se «substituer à la justice» et de participer à un mouvement «unilatéral» qui «ne souffre d’aucune nuance» et qui «punit au-delà de la justice et du droit».
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse Wajdi Mouawad dit refuser de se «substituer à la justice» et de participer à un mouvement «unilatéral» qui «ne souffre d’aucune nuance» et qui «punit au-delà de la justice et du droit».

Le directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad, a refusé mardi de déprogrammer le chanteur français Bertrand Cantat, condamné pour le meurtre de sa compagne en 2003, et à qui il a demandé de composer la musique de son prochain spectacle.

Dans un communiqué, M. Mouawad a également refusé de déprogrammer Jean-Pierre Baro, un metteur en scène qui avait été visé par une plainte pour viol classée sans suite, et qui met en scène une pièce pour le théâtre parisien.

La programmation des deux artistes a suscité l’émotion au sein du mouvement #MeTooThéâtre de dénonciation des violences sexuelles dans le milieu du théâtre français, qui prend de l’ampleur depuis quelques semaines.

Tout en affirmant adhérer « sans réserve » aux « combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes et à celui contre les violences et le harcèlement sexuel », Wajdi Mouawad dit refuser de se « substituer à la justice » et de participer à un mouvement « unilatéral » qui « ne souffre d’aucune nuance » et qui « punit au-delà de la justice et du droit ».

« Si une personne programmée ou invitée au théâtre se trouve engagée dans une procédure judiciaire, je l’inciterai à se retirer de la programmation jusqu’à ce que le travail de la justice ait été mené à son terme. À ce jour, personne ne se trouve dans cette situation dans la programmation du Théâtre de la Colline », a indiqué le directeur et metteur en scène, qui a commandé à Bertrand Cantat la musique de son prochain spectacle, Mère, prévu du 19 novembre au 30 décembre prochain.

« Je ne cherche ici à convaincre personne, et si la ministre de la Culture ou le président de la République, qui m’a nommé, considèrent que mes positions sont contraires aux principes républicains, que l’un ou l’autre me le fasse savoir et je quitterai la direction du théâtre sur-le-champ », a encore indiqué le directeur.

Le regret de la ministre Bachelot

Interrogée lundi sur France Inter, la ministre française de la Culture, Roselyne Bachelot, avait indiqué qu’elle n’avait « pas à intervenir dans la gestion de La Colline », mais qu’elle « regrettait » que Bertrand Cantat ait été invité.

L’actrice Marie Trintignant avait succombé aux coups de Bertrand Cantat en 2003 en Lituanie. Le chanteur, condamné à huit ans de prison, en a effectué quatre avant de bénéficier d’une libération conditionnelle en 2007. Son contrôle judiciaire a pris fin en 2011.

L’icône du pop rock français des années 1990, avec son groupe aujourd’hui dissous Noir Désir, a progressivement repris son activité publique de chanteur à partir de 2010.

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