Votre carnet de bal théâtral à Montréal

Les monologues ont, sans surprise, la cote. À l’Usine C, on verra ainsi Sophie Cadieux dans «Féministe pour homme» de la Française Noémie de Lattre. Alix Dufresne dirigera ce solo qu’on dit au croisement du théâtre et du «stand-up», abordant plusieurs sujets d’un œil féministe et irrévérencieux.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les monologues ont, sans surprise, la cote. À l’Usine C, on verra ainsi Sophie Cadieux dans «Féministe pour homme» de la Française Noémie de Lattre. Alix Dufresne dirigera ce solo qu’on dit au croisement du théâtre et du «stand-up», abordant plusieurs sujets d’un œil féministe et irrévérencieux.

La rentrée d’automne s’annonce, enfin, comme une « vraie » saison, dans les salles de théâtre. Une offre qui mélange retours, reports de programmations antérieures et nouveautés.

Parmi les créations attendues, on compte Embrasse, mystérieuse relation mère-fils dessinée par Michel Marc Bouchard. D’autant que ses personnages sont incarnés par Anne-Marie Cadieux, l’étonnant Théodore Pellerin et Yves Jacques, en Yves Saint Laurent imaginé. Eda Holmes, la directrice du Centaur, signe ici sa première mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

Avec Je suis un produit, créée à la Licorne, Simon Boudreault (As Is) pose son regard satirique sur des thèmes bien actuels : l’omniprésence du marketing dans nos vies, et notre rapport à l’image.

Dans la catégorie intrigante : Marie-Claude Verdier s’aventure dans le territoire de la science-fiction avec le conte philosophique Seeker (salle Jean-Claude Germain). Et pour sa création Rita au désert, coproduite par l’Opsis et La Colline – théâtre national Paris, Isabelle Leblanc s’inspire du Bartleby le scribe de Melville (Quat’Sous).

Après Bébés et Animaux, Alexis Martin poursuit son questionnement sur la présence au théâtre, avec, cette fois, une dimension troublante : Les morts. Le codirecteur du Nouveau Théâtre Expérimental interprète lui-même cette œuvre méditative où un homme découvre une crypte familiale. À l’Espace libre.

 

Solos

Les monologues ont d’ailleurs, sans surprise, la cote. À l’Usine C, on verra ainsi Sophie Cadieux dans Féministe pour homme de la Française Noémie de Lattre. Alix Dufresne dirigera ce solo qu’on dit au croisement du théâtre et du stand-up, abordant plusieurs sujets d’un œil féministe et irrévérencieux.

Avec Warm up, Mykalle Bielinski — créatrice du beau Mythe — s’attaque au thème pressant du changement climatique. Elle pédalera sur la scène du Théâtre La Chapelle afin de générer l’électricité nécessaire à cette réflexion sur les possibilités d’un monde plus écologiste. Dans Le magasin ferme, le cocréateur et interprète Edon Descollines (Je ne veux pas marcher seul) se fait nostalgique d’une ère propice aux rencontres. Une production Joe Jack et John, au MAI.

Nouvelle collaboration prometteuse entre la metteuse en scène Brigitte Haentjens et son acteur fétiche Sébastien Ricard : Rêves et folie, plongée dans l’univers noir du poète Georg Trakl, à la Cinquième Salle.

Ce n’est pas la seule proposition qui capte l’intérêt au Festival international de la littérature : Baldwin, Styron et moi, de l’écrivaine Mélikah Abdelmoumen, explore l’amitié de deux grands auteurs américains, l’un Noir, l’autre Blanc, et leur impact sur les débats d’appropriation culturelle. Une lecture-spectacle coproduite par le Théâtre de Quat’Sous.

Autofictions et documentaires

Plusieurs pièces automnales puisent leur source dans le réel. À commencer par les deux spectacles que présente l’importante compagnie de théâtre documentaire Porte Parole chez Jean-Duceppe. Dans Rose et la machine, dirigée par Édith Patenaude, la comédienne Maude Laurendeau raconte les démarches, semées d’obstacles, et les interrogations qui ont suivi un diagnostic du spectre de l’autisme chez sa fille. Et on pourra enfin voir la version intégrale de Tout inclus, dont la première moitié avait été créée à La Licorne en 2019. L’immersion deFrançois Grisé dans une résidence privée pour aînés y ouvre la porte à une réflexion essentielle sur le vieillissement dans notre société.

Ancien travailleur de la construction devenu acteur, Charles Fournier en a tiré la matière de son premier texte, Foreman, une exploration de l’univers masculin à travers les rapports de force de cinq gars. Cette pièce mise en scène par Olivier Arteau et Marie-Hélène Gendreau, et diffusée à Fred-Barry, a récolté plusieurs prix lors de sa création à Québec en 2019.

Dans la veine autofictionnelle, la musicienne Chloé Lacasse s’inspire de souvenirs d’enfance pour créer Les eaux claires (Espace GO), un spectacle combinant récit, musique et photo. Tandis que la comédienne Sarianne Cormier retrace l’histoire de sa mère et du Québec ouvrier dansMythologie (Petite Licorne). Jocelyn Sioui, lui, ressuscite la mémoire héroïque de son grand-oncle wendat, qui a lutté pour l’indépendance des Premières Nations jusqu’à entreprendre une grève de la faim, dans Mononk Jules (Écuries), un solo adapté deson essai.

Mentionnons d’ailleurs la présence notable d’une parole autochtone sur nos scènes cette saison : Dave Jenniss, directeur artistique des Productions Ondinnok, présente Nmihtaqs Sqotewamqol / La cendre de ses os à la Petite Licorne. Tandis que Xavier Huard monte à Fred-Barry AlterIndiens, « sitcom politique » de l’auteur ojibwé Drew Hayden Taylor.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir En novembre, le metteur en scène Denis Marleau sera incontournable.

Trois fois Denis Marleau

En novembre, le metteur en scène sera incontournable. Afin de célébrer son 40e anniversaire, UBU compagnie de création reprend à GO deux de ses marquantes fantasmagories technologiques : Les aveugles, de Maurice Maeterlinck, et Dors mon petit enfant, de Jon Fosse, en doublé. Au TNM, Denis Marleau remonte le brillant Les reines, de Normand Chaurette. Pour camper ces souveraines se disputant un pouvoir qui leur échappe à toutes, un sextuor étincelant : Céline Bonnier, Sophie Cadieux, Kathleen Fortin, Marie-Pier Labrecque, Louise Marleau et Monique Spaziani.

En rappel

On vous en a déjà parlé lors de rentrées précédentes, mais ces spectacles ont dû être reportés. Espérons que cette fois sera la bonne. Annulée au début du confinement, la pièce Les sorcières de Salemrevisitée par Sarah Berthiaumeet Édith Patenaudeprendra finalement son envol chez Denise-Pelletier. Son directeur, Claude Poissant, y livrera pour sa part son adaptation de La métamorphose de Kafka. On attend aussi i/O, de Dominique Leclerc, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et À quelle heure on est mort, créée par Frédéric Duboisau Quat’Sous. La Licorne présente pour sa part Ulster Americanet la version scénique de Fairfly, donnée en virtuel l’an dernier. Prématurément interrompue, Adieu, Monsieur Haffmann reprend du service au Rideau vert dans une mise en scène deDenise Filiatrault.



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