Tranquille retour à la normale sur les planches de Québec

«Le polygraphe» en répétition au théâtre La Bordée
Photo: Renaud Philippe Le Devoir «Le polygraphe» en répétition au théâtre La Bordée

Dans cette rentrée culturelle où cherchent à poindre ici et là les parfums d’un certain retour à la normalité, les théâtres de Québec foncent avec une programmation nourrie, désireux de renouer avec une offre théâtrale fidèle à ses habitudes.

Si l’offre est fournie, la présence de plusieurs spectacles en provenance de Montréal ou en reprise est néanmoins remarquable. Le meilleur des mondes, l’incontournable dystopie d’Aldous Huxley réécrite ici par Guillaume Corbeil, ouvre ainsi la saison du Trident, pendant que Tout inclus, créée il y a deux ans également, ouvre au Périscope : dans la veine des compagnies Porte Parole et Nous sommes ici, cette œuvre d’inspiration documentaire de François Grisé aborde les réalités des résidences pour aînés et notre rapport au vieillissement.

 
Photo: Stéphane Bourgeois «Le meilleur des mondes» ouvre la saison du Trident.

Et alors que La Bordée ouvre sa scène à quelques productions invitées, comme King Dave et Les filles et les garçons, deux solos qui viendront s’ajouter à sa programmation régulière, on retrouvera à nouveau également la fougue de Foreman qui, sur un texte de Charles Fournier explorant les constructions du genre masculin, et après un succès en 2019 dans le studio Marc-Doré du Périscope, reçoit ici une salle principale en bonne et due forme.

À travers ces retours et reprises, la saison donne tout de même une place à plusieurs créations. Ce sera le cas pour Salle de nouvelles – Network, adaptation de l’inquiétante satire Network – Main basse sur la tv, qui, dans une mise en scène de Marie-Josée Bastien au Trident, profite de la déglingue existentielle d’un vieux chef d’antenne pour interroger notre rapport à l’écran.

Marie Stuart reviendra pour sa part sur la rencontre imaginée entre la reine d’Écosse et sa cousine Élisabeth Ire, reine d’Angleterre, qui ordonna sa captivité. Les Écornifleuses, sur les planches du Périscope, présenteront ici leur propre version de ce face-à-face imaginé par l’autrice italienne Dacia Maraini.

La Bordée offrira quant à elle Scénarios pour sortie de crise, un texte d’Erika Soucy qui, comme l’avait fait Les murailles, mais cette fois en creusant du côté maternel, explorera les thèmes de la pauvreté et de la réussite ainsi que les liens familiaux chers à l’autrice. Ce sera toutefois après l’ouverture de la saison, dans une nouvelle mise en scène du Polygraphe. Après une création en 1987 puis l’adaptation cinématographique de 1996, le texte de Marie Brassard et Robert Lepage sera repris ici une première fois pour la scène, sous la gouverne créative de Martin Genest.

La création au menu

Cette organisation, évidemment, laissera beaucoup de sang neuf à Premier Acte, qui prend la part du lion côté création, dont c’est avant tout le mandat.

Le thème de la nourriture s’impose ici d’entrée de jeu : avec le Renversé à l’ananas de Catherine Côté, d’abord, qui s’en sert surtout comme prétexte pour rassembler les femmes d’une même famille autour de la tradition culinaire et du passage entre les générations ; avec le Food Club de Samantha Clavet, ensuite, qui place pour sa part la nourriture directement sur le banc des accusés : au-delà de l’engouement médiatique, la pièce sonde notre rapport à la bouffe, poussé parfois jusqu’à l’obsession.

Meet_Inc., dont le titre est un clin d’œil moins à la viande elle-même qu’à un marché de l’emploi transformant le travailleur en bétail, se penchera sur un autre type d’obsession.

Réunion d’employés d’une grande entreprise avec les bouffons du collectif Hommeries !, le spectacle interrogera plutôt, sur fond de compétition, de réseautage et de consommation, le désir de réussite et l’ambition.

Le décor sera tout autre avec Fond de rang : sur un texte du comédien Vincent Nolin-Bouchard, aux antipodes de l’urbanité consumériste et mécanique, la pièce proposera une interrogation sur l’identité et les origines, avec pour fil conducteur le retour d’un jeune homme dans sa région natale du Lac-Saint-Jean.

Un détour par Courville

Une nouvelle création d’Ex Machina retient toujours l’attention. Courville marque le retour de Robert Lepage au solo, avec de plus la présence cette fois de marionnettes, celles-ci inspirées de la technique ancestrale du bunraku (grande taille, manipulation à vue), pour l’accompagner sur scène — ce qui n’est pas une habitude du créateur. Courville, ancienne municipalité de Québec et désormais quartier de Beauport, servira de toile de fond au portrait d’un adolescent vivant ses années d’éveil dans la banlieue de Québec, au milieu des années 1970 : entre l’ordinaire des bungalows et les tensions de la guerre froide, le spectacle explorera ce moment charnière d’une vie, sur fond de montée de la société de consommation et d’essoufflement de la famille nucléaire. Après le large succès de son 887, Lepage reprend la veine d’une analyse vaguement fictive qui, dans sa désormais longue carrière, en passant par La face cachée de la lune et Les aiguilles et l’opium, va de Vinci à ce Courville dont la première se fera en ouverture de saison au Diamant, avant son départ
en tournée.



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