Jouer la Roulotte sans le véhicule

Jeane Landry-Proulx en pleine action dans  un spectacle  de La Roulotte
Sylvain Légaré Ville de Montréal Jeane Landry-Proulx en pleine action dans un spectacle de La Roulotte

Après un an de pause et dans une toute nouvelle formule pandémique, le théâtre La Roulotte poursuit sa route cet été dans les parcs de la ville de Montréal. Mais comment composer sans la mythique caravane, qui risquerait d’attirer les foules ?

L’auteur et metteur en scène Philippe Robert n’est pas embêté par cette contrainte, imaginant, dans un tour de force, de génie, d’audace, l’origine du plus vieux théâtre jeunesse ambulant au Québec.

Depuis la France jusqu’au soir de première à Montréal en 1953, où la toute nouvelle troupe créée par Paul Buissonneau présenta Pierre et le loup au Champ-de-Mars, c’est un cheminement bordé de rêves, d’espoir fou, d’amour et de créativité qui se déploie dans Le rêve de Monsieur Paul. L’autre histoire de la Roulotte. L’histoire est racontée en cinq courts épisodes, sur cinq petites scènes, joués respectivement par cinq comédiens. Chacun orné de la légendaire paire de lunettes du maestro de La Roulotte, d’un papillon en guise de nœud et d’un R bien visible sur leur costume, Clara Prieur, Bozidar Krčevinac, Jeane Landry-Proulx, Delphine Bertrand et Fabrice Girard jouent avec ferveur malgré la chaleur écrasante et le ciel lourd qui domine le parc Joseph-Paré lors de notre passage.

Chaque numéro laisse libre cours au talent de ces jeunes comédiens qui, sous le texte vif, brillant et poétique de Robert, chantent — la voix de Krčevinac est particulièrement puissante —, donnent leur voix à différents personnages afin de créer des épisodes brefs, mais intenses. Si tous les tableaux ont su capter l’attention des petits rassemblés sagement, le dernier acte joué par Fabrice Girard qui, tour à tour, prend la voix d’un animateur radio enflammé commentant en direct le soir de première de la Roulotte, et celle d’un loup masqué, a fait réagir. Pointant l’horizon, annonçant l’arrivée du canidé sur les lieux, le commentateur fait tourner les têtes des enfants dans tous les sens, leurs petits yeux ronds cherchant la bête. La magie opère.

Clins d’œil

La poésie et l’inventivité avec laquelle Philippe Robert assure la mise en scène ajoutent à la réussite de cette proposition singulière. Chacun des tableaux est introduit par le précédent dans une courte phrase qui invite à tourner la page, à se déplacer, sans bouger, d’un événement à l’autre. On imagine facilement, avec peu d’éléments de décor, la vie de Buissonneau dans la Petite Italie ou encore le pont Jacques-Cartier, celui-là perceptible dans le dossier d’un banc de parc.

Plusieurs clins d’œil au théâtre ou encore à l’Histoire ponctuent d’ailleurs la pièce. Il y a notamment ce bec échangé entre monsieur Paul et sa douce sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal qui sera suivi de cette phrase : « Vive les gros becs, vive les gros becs libres. » C’est aussi avec quatre sous en poche que monsieur Paul et Violette forment la troupe, rappel bienheureux du théâtre fondé par Buissonneau. Le brigadier, et ses trois coups, revient dans tous les tableaux et la Lune, présente dans le dernier acte, aura été et reste la sentinelle rassurante de la Roulotte depuis 1953. À découvrir au hasard d’un parc ou en baladodiffusion avec, en prime, la participation de Marcel Sabourin.

 

Le rêve de Monsieur Paul. L’autre histoire de la Roulotte

★★★★

Idéation, texte et mise en scène : Philippe Robert. Avec ​Clara Prieur, Bozidar Krčevinac, Jeane Landry-Proulx, Delphine Bertrand et Fabrice Girard. Une production de la Ville de Montréal en partenariat avec l’École nationale du théâtre du Canada et le Conservatoire d’art dramatique de Montréal.

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