«Don qui quoi !?!» ou l’art de la liberté

Le directeur artistique du Théâtre de la Petite Marée, Jacques Laroche, dans «Don qui quoi !?!», un hommage à la littérature, à l’Espagne, à la liberté et au théâtre
Photo: DynamO Théâtre Le directeur artistique du Théâtre de la Petite Marée, Jacques Laroche, dans «Don qui quoi !?!», un hommage à la littérature, à l’Espagne, à la liberté et au théâtre

Comme un cadeau, un rendez-vous impromptu et inattendu, la codirectrice artistique de DynamO théâtre Jackie Gosselin et le directeur artistique du Théâtre de la Petite Marée, Jacques Laroche, se croisent un jour dans la rue, placotent un brin et se trouvent dare-dare des atomes crochus. Si bien que, quelque deux semaines après leur premier café, ils imaginent ce qui allait devenir Don qui quoi ! ? !, un hommage à la littérature, à l’Espagne, à la liberté et au théâtre.

Depuis Bonaventure en Gaspésie, où est présentée pendant deux semaines cette toute nouvelle création, la complicité des deux artistes réunis au téléphone est palpable. « Je pense qu’on est de vieux routiers, on a étudié à la même école […] chez Philippe Gaulier à Londres. On est des amoureux du jeu clownesque, on a les mêmes bases, on aime le théâtre, la littérature, on aime l’absurdité intelligente, alors tout ça a fait que la rencontre a eu lieu », explique Jackie Gosselin.

Jacques Laroche ajoute que l’humour de Gaulier a servi et nourri leur relation. « On a beaucoup ri l’un de l’autre. On n’a pas arrêté de s’agacer, de s’étriver. » Si bien que les gens autour d’eux ont rapidement vu leur complicité. Cette chimie a nourri l’écriture à quatre mains de la pièce, qui s’est faite de façon naturelle. « On écrivait, se relisait, on était d’accord. Ça fonctionnait et, maintenant, quand on regarde le spectacle, on ne sait même plus qui a écrit quoi », raconte Gosselin.

Ce à quoi Laroche rétorque qu’il n’y a jamais eu de douleur, que ni un ni l’autre n’a sacrifié quoi que ce soit. « Moi, ce qui m’intéresse dans la profession c’est de me mettre au service d’un projet, pas me mettre au service des ego, et c’est exactement ce qui s’est passé ici, alors ça a été un pur bonheur », ajoute la metteuse en scène.

Libre Quichotte

Travailler sur Don Quichotte de La Manche a été le fruit du hasard, ou presque. Chacun, de son côté et sans se le dire, a eu cette envie d’explorer l’univers de Cervantès, mais de façon libre et nouvelle. « On ne voulait pas les histoires du moulin à vent ou tout ce qu’on connaît sans avoir lu Don Quichotte. En même temps, on s’en est servis un peu, mais c’est beaucoup la liberté du narrateur qui nous a intéressés. Celui qui nous promène, qui, des fois, coupe son récit en plein milieu d’une histoire pour dire : “ceci n’est pas très intéressant, allons plutôt voir les autres personnages”. Il y a cette liberté-là dans Cervantès et c’est ce qui nous a inspirés », explique le directeur artistique du Théâtre de la Petite Marée.

Loin de l’adaptation fidèle, Don qui quoi ! ? ! est ainsi plutôt une ode à la liberté et au théâtre, un hommage à littérature, une pièce dans laquelle Don Quichotte ne fait d’ailleurs qu’un passage rapide à la fin du spectacle. « On est dans un théâtre, il doit y avoir la représentation de Don Quichotte le soir, mais comme dans le roman, c’est une chimère, on n’y arrive pas. On part avec l’idée qu’on va monter le classique, mais au fond, il n’y a pas de spectacle. Ça dure une heure et il n’y aura pas de représentation », résume Jackie Gosselin.

Les gens qui ont lu le roman sauront reconnaître l’univers de Cervantès et certifier que les artistes ont fait leur devoir, souligne Laroche. Alors que ceux qui ne connaissent pas le classique plongeront dans l’univers. Sancho — seule marionnette du spectacle —, Dulcinée et le pouvoir de l’imaginaire sont ainsi exploités dans la pièce, « cet art de rendre vrai le faux, de transformer une vieille auberge en château, un vieux cheval en destrier incroyable », poursuit l’auteur et comédien.

Pour la première fois de sa vie, Jacques Laroche se livre en solo, assurant différents rôles tout au long de la représentation. Depuis le « grand acteur qui arrive en retard, le directeur de théâtre qui est sur les gros nerfs et le technicien de scène qui se sent chez lui, se fait des toasts », qui attireront Sancho, Laroche enfile les rôles devant le public, à la vue de tous, ce qui crée, dit-il, une complicité avec les spectateurs. Avouant son trac devant ce jeu solitaire, le comédien souligne l’importance de ses complices à la technique. « Il y a de petits moments où je ne dirai pas que je me repose, mais de beaux moments où […] un univers se déploie derrière moi avec la musique, l’éclairage, les accessoires qui bougent tout seul. Donc c’est un faux solo ! C’est le fun de comprendre qu’un spot ou une musique, c’est quelqu’un qui t’accompagne. »

Cadeau pour Laroche, cadeau aussi pour Jackie Gosselin, qui signe avec cette mise en scène son chant du cygne chez DynamO Théâtre. La codirectrice artistique avoue avoir rapaillé ici tout ce qu’elle aime et l’allume dans la dramaturgie. De cette prestation d’acteur solo qui multiplie les personnages à l’accueil des petits spectateurs joué par le comédien en scène jusqu’à la conception d’éclairage particulière vue dans le théâtre Farnèse à Parme en Italie.

Des spectacles en vrai

« J’ai pleuré quand je suis entrée dans ce théâtre. Et là, j’ai compris que le théâtre, c’est mon église, c’est ma religion. Dans le début du spectacle, j’ai proposé une lumière à Cyril Bussy, qui fait la conception d’éclairage, c’est un clin d’œil au Farnèse. Ce sont des clins d’œil à ce que j’aime : mon amour pour les humains, le jeu clownesque, pour les acteurs qui ne se prennent pas au sérieux, pour le plaisir de faire rire le public avec des absurdités, lui donner les clés pour qu’il se sente intelligent. Voilà tout ça ! »

Don qui quoi ! ? ! sera joué jusqu’au 1er août à Bonaventure, après quoi la pièce suivra son chemin, notamment jusqu’à Laval cet automne, où elle sera présentée à la Maison des arts, puis en mars elle traversera l’océan jusqu’à Madrid. Pour la suite, « on verra », ajoute Gosselin. « Pour le moment, la diffusion appartient à Petite Marée, mais quand on finit ici, c’est DynamO qui reprend la diffusion du spectacle. J’espère qu’il va vivre au moins deux ou trois ans. J’aimerais bien ça parce que j’ai une petite qui a trois ans et demi et j’aimerais qu’elle puisse voir un de mes spectacles en vrai et pas juste en vidéo », conclut-elle.

 

Don qui quoi !?! 

Texte et mise en scène : Jackie Gosselin. Texte et interpré-tation : Jacques Laroche. Décor, costumes et accessoires : Pierre-Étienne Locas. Conception de la marionnette : Christine Plouffe. Lumière et régie : Cyril Bussy. Musique : Pierre Guy Blanchard. Une coproduction du Théâtre de la Petite Marée et de DynamO Théâtre.

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