Une star et une révélation en ouverture à Avignon

L’acteur français Adama Diop (à gauche) et l’actrice française Isabelle Huppert (au centre), se tiennent aux côtés des acteurs français Alex Descas et Océane Cairaty à la fin de la répétition de «La cerisaie» d’Anton Tchekhov, adaptée par le metteur en scène Tiago Rodrigues, et présentée au Festival d’Avignon lundi soir. 
Photo: Nicolas Tucat Agence France-Presse L’acteur français Adama Diop (à gauche) et l’actrice française Isabelle Huppert (au centre), se tiennent aux côtés des acteurs français Alex Descas et Océane Cairaty à la fin de la répétition de «La cerisaie» d’Anton Tchekhov, adaptée par le metteur en scène Tiago Rodrigues, et présentée au Festival d’Avignon lundi soir. 

On attendait Isabelle Huppert, mais c’est un acteur encore peu connu du grand public qui a remporté tous les suffrages : le comédien Adama Diop a fait sensation lundi soir dans La cerisaie, spectacle d’ouverture du Festival d’Avignon.

Le jeu puissant de l’acteur sénégalo-français a éclipsé la vedette ainsi que la mise en scène du Portugais Tiago Rodrigues, tout juste nommé futur patron de la prestigieuse manifestation théâtrale.

Dans la Cour d’honneur du Palais des papes, un an après l’annulation de l’édition 2020, les quelque 2000 spectateurs ont réservé des applaudissements nourris au traditionnel son des trompettes, composé par Maurice Jarre, qui annonce le début d’une représentation au festival.

Mais deux heures trente minutes plus tard — après un retard de 40 minutes en raison de la file d’attente et des contrôles liés au passeport vaccinal —, le même public a réservé des applaudissements polis aux saluts.

La critique, partagée, évoquait mardi une mise en scène « en mal d’élan collectif » ou « qui manque de sève », tout en saluant la qualité des acteurs.

Émancipation

Dernière pièce et l’une des plus jouées de Tchekhov, La cerisaie (1904), qui évoque une époque en pleine mutation, à cheval entre « le monde d’avant » et « le monde d’après », avait tout pour trouver une résonance particulière chez les spectateurs après le bouleversement mondial provoqué par la pandémie.

Une aristocrate désargentée, Lioubov (Isabelle Huppert), est de retour dans sa Russie natale après des années passées à Paris, mais ses dettes la poussent à vendre sa maison à Lopakhine, fils de paysan devenu marchand (Adama Diop).

Cela impliquera la destruction de la cerisaie du domaine, métaphore de la fin d’une époque dans la Russie au début du XXe siècle, la fin de l’aristocratie et l’avènement de la bourgeoisie.

Lopakhine est « quelqu’un qui s’est émancipé de l’histoire de ses ancêtres, de l’histoire de l’esclavage qu’ont vécu son grand-père et son père. Il réussit, lui, là où ont échoué son père et son grand-père », a expliqué Adama Diop, interviewé lors de la générale de presse samedi.

Il s’est dit « très chanceux » de jouer aux côtés d’Isabelle Huppert, dont la « présence folle » a poussé la distribution à « profiter de chaque moment sur le plateau ».

Né en 1981, le comédien au physique d’athlète et à la diction parfaite a quitté Dakar dans les années 1990 pour Paris, où il est passé par le Conservatoire, et a fait ses premières armes auprès de metteurs en scène comme Cyril Teste, Julien Gosselin ou Frank Castorf, avant d’être révélé en 2018 dans le rôle de Macbeth à l’Odéon.

Il serait le premier comédien noir à jouer ce rôle en France, où la diversité sur les planches avance à petits pas.

Une question sur laquelle met l’accent Tiago Rodrigues, avec une distribution comptant notamment Nadim Ahmed, l’ex-joueuse de soccer devenue comédienne Océane Caïraty, Alison Valence, qui avait également joué dans Macbeth à l’Odéon, ou encore Tom Adjibi (celui qui a provoqué le plus de rires dans le public grâce à son interprétation d’Epikhodov, le comptable du domaine).

Cette version de La cerisaie, née d’une rencontre en 2018 entre le metteur en scène et Isabelle Huppert, est la troisième pièce du Portugais au Festival d’Avignon, dont il prendra les rênes à partir de septembre 2022, succédant à Olivier Py.

« C’est la première fois qu’elle joue du Tchekhov et c’est la première fois que je mets en scène une pièce de lui… Je suis athée, mais, si j’avais un saint qui me protège, ce serait saint Tchekhov ! » a lancé à la blague M. Rodrigues, pour qui Huppert est une « athlète de haute compétition de théâtre ».

« Nous avons la capacité, à travers le théâtre, d’utiliser Tchekhov comme une loupe pour regarder notre monde. La pandémie sera présente dans le regard du spectateur, mais je suis sûr que, dans dix ans, Le cerisaie parlera encore de tout ce qui se passe dans le monde », a-t-il souligné à l’AFP.

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