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Spectacle - Leçon d'histoire au Théâtre de Baie-Comeau

Une jeune compagnie de Baie-Comeau, L'Épopée de la Manic, a préparé une grandiose production multimédia, présentée cet été au Théâtre de Baie-Comeau.

1960. Le Québec sort de la Grande Noirceur et saute à pieds joints dans la Révolution tranquille avec l'élection du libéral Jean Lesage. À la mort de Maurice Duplessis, en 1959, les projets d'aménagement de la rivière Manicouagan sont déjà en branle. Lesage et son ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, vont accélérer le processus et prônent bientôt la nationalisation complète de l'électricité.

Avec cette entreprise colossale qu'est l'aménagement du barrage Manic-5, c'est la construction du Québec moderne qui commence. Un village de 3500 habitants se construit alors au pied du géant de béton et ce projet énorme fera vivre l'économie de toute la région. Des travailleurs arrivent de partout au Québec pour participer à la construction. Après des années de dur labeur, le barrage Manic-5 est enfin inauguré en septembre 1968, par les pères du projet, Jean Lesage, récemment défait aux élections de 1966, René Lévesque, artisan de la nationalisation, et Daniel Johnson, nouveau premier ministre, qui a poursuivi l'oeuvre de ses prédécesseurs. Au lendemain de l'inauguration, le chef du gouvernement québécois est retrouvé mort dans son lit, après avoir subi de multiples attaques cardiaques. Le barrage Manic-5 sera alors rebaptisé barrage Daniel-Johnson en son honneur.

Afin de rendre hommage aux artisans de cette page importante de l'histoire du Québec, une jeune compagnie de Baie-Comeau, L'Épopée de la Manic, a préparé une grandiose production multimédia, présentée cet été au Théâtre de Baie-Comeau.

La pièce raconte l'histoire de Jules Blondin (personnage fictif), qui s'installe avec sa famille en bordure de la rivière, sur la Côte-Nord, pour y diriger les travaux de construction du plus gros barrage hydroélectrique à voûtes multiples au monde.

Les spectateurs sont ensuite conviés dans l'univers de Ben, orphelin de Duplessis, de Paulo, immigrant portugais, et de Charlot, une sorte de Chaplin québécois, tous trois se retrouvant aux commandes des grues mécaniques qui bâtiront ce mastodonte. Ils sont les témoins privilégiés de cet événement historique, aux côtés de différentes générations de femmes, représentées par Rosiane, Monique, Bernadette et Suzanne (née à Manic-5), des gars de chantier, des téléphonistes en charge des communications avec la capitale, etc. Bref, tout un petit monde reconstruit et présenté aux sectateurs, avec en prime quelques histoires d'amour.

Bien plus que l'histoire du barrage, c'est l'évolution du Québec des années 60 qui est racontée, à travers notamment des personnages qui sont à Montréal et racontent par téléphone les événements de la métropole, de la nationalisation de l'électricité à Expo 67. Le tout est appuyé par le multimédia, des images et des bandes sonores d'archives, où l'on retrouve notamment Jean Lesage et René Lévesque.

D'un texte de Jean-François Caron et Martin Desgagné, avec une mise en scène signée par Philippe Soldevila, le projet de près d'un demi-million de dollars a été réalisé sur une période de trois ans. Les auteurs se sont basés sur les archives, notamment celles d'Hydro-Québec, pour bâtir cet univers fictif mais réaliste. Plusieurs arts de la scène ont été mis à profit, soit la danse, le théâtre, la musique, la chanson, dans les 51 tableaux que compte la pièce. Au total, 24 comédiens participent au spectacle, dont Annick Beaulne, Jocelyn Bérubé, Evelyne Gélinas, Olivier Morin, Vincent-Guillaume Otis, Normand Poirier et Brigitte Brideau. Le public adore. Près de 200 personnes y assistent chaque soir.

Manic: l'oeil du Québec

Au Théâtre de Baie-Comeau

Du samedi au mercredi, jusqu'au 11 août 2004