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Shawinigan - Le théâtre de rue, culture vivante

Sur les 4e et 5e Rues, deux artères stratégiques de la basse-ville de Shawinigan, se tenait la huitième édition du Festival de Théâtre de rue, du 30 juillet au 1er août, un événement annuel qui contribue à revitaliser un centre-ville qui ressemble au témoin blessé d'une époque où la vie était sans doute plus prospère et plus active, avant que les grandes industries n'aient fermé leurs portes.

Le théâtre de rue est une drôle de bête à la fois sauvage et apprivoisée, bruyante ou discrète, qui subvertit les frontières. Dans cette pratique, l'émetteur et le récepteur se confondent, et les frontières habituelles sont transgressées, soulignait avec beaucoup de justesse le sociologue et praticien Guy Sioui-Durand qui animait les rencontres-midi proposées aux spectateurs autant qu'aux artistes invités au festival.

Sur 49 spectacles très différents (de l'installation à la performance) regroupés en trois soirs sous le thème «États d'habiter» et présentés dans les rues, ruelles, place et appartements du Vieux-Shawinigan en fin de semaine dernière, il fallait choisir, car il aurait été impossible de tout voir. Et pour effectuer des choix, la conception du cahier-programme ne facilitait pas les choses; le spectateur devait déployer de la persévérance pour identifier les spectacles, localiser le lieu où ils allaient se donner, à l'aide des pictogrammes qui les représentaient, et le moment des représentations, car lieux et heures n'étaient pas toujours clairement indiqués.

Contrairement au Québec, la France possède une tradition bien établie du théâtre de rue, et ce n'est pas par hasard que les spectacles français ressortent davantage de ce huitième festival. Le spectacle de la compagnie Generik Vapeur, par exemple, utilisait toute la portion de la 5e Rue devenue piétonne pour la durée du festival, en mettant à profit les murs autant que le mobilier urbain. Munis d'échelles qui leur permettaient de grimper aux balcons et de caméras projetant sur les maisons des images filmées en direct, les comédiens, leur balai motorisé et leur musique arpentaient la rue en procession, tandis que des événements soigneusement préparés avaient lieu de part et d'autre de la rue. La compagnie s'était visiblement documentée sur le Québec, à en juger par la collection de proverbes, de dictons et de «on dit que... il paraît que... » justes et pertinents qui démarraient le spectacle.

Mais le spectacle le plus remarquable de la huitième édition fut sans contredit Les Urbanologues associés, donné par Les Piétons, un duo français composé d'Antoine Le Ménestrel, un grimpeur-comédien et de Jean-Marie Maddeddu, un spécialiste du langage sonore et visuel qui tire des musiques de tout ce qui lui tombe sous la main: poubelle, poteau de métal, boîte aux lettres, enseigne, surface vitrée, etc. Pour seuls instruments, il dispose de deux baguettes de tambour, d'une flûte (il y souffle par les narines) et d'un sifflet, ainsi que de sa bouche de laquelle peuvent sortir des sons et des bruits très variés.

Leur spectacle réunit plusieurs points d'intérêt; il y a d'abord la performance de Le Ménestrel qui peut être qualifiée d'époustouflante, bien qu'elle ne soit jamais mise en avant comme exploit. En véritable homme-araignée, ce professionnel de l'escalade à la base, forcément acrobate et excellent comédien déambule sur les murs en se tenant aux anfractuosités des briques, monte et descend les parois avec l'aisance d'un chimpanzé tandis qu'on retient son souffle.

Il y a ensuite la relation entre les deux compères, soutenue, drôle, vraie; Le Ménestrel siffle, son compère lui répond en faisant tous les bruits imaginables, rythmant ainsi sa progression aérienne, d'une maison à l'autre. De temps à autre, un mot de français, d'anglais ou d'espagnol, une chanson qui revient comme un refrain, nous fait comprendre l'espèce de jargon que Maddeddu parle: «Banni problemo! No, No, ça va! No, no, tout va!». Et puis il y a la communication avec le public continue elle aussi et truffée de surprises, qui fait en sorte que les passants suivent fidèlement le duo du début à la fin du parcours.

À un certain moment, Le Ménestrel trouve par un heureux hasard prévu un sac de friandises qu'il lance dans la foule du haut du deuxième étage; plus loin, ce sera une rose qu'il descendra offrir à une jeune fille choisie parmi les spectateurs. Tout en faisant voir au passant la rue, son mobilier et ses constructions, le spectacle laisse celui-ci léger, joyeux, détendu.

Parmi les spectacles québécois vus, Deux piles (AA) et un tapis de sol, par Les Tenteux, Par-delà bien et mal, par les Fermières obsédées ainsi que Attroupements, par Martin Renaud, méritent une mention. Quant au Projet Taxis-Zinkpè du Béninois Dominique Zinkpè. il a fait la joie des enfants avec son taxi baroque qui promenait jeunes spectateurs dans les rues du festival.