Un don historique de 1,4 million de dollars au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

Jacques Desmarais, le conjoint de Michelle Rossignol (à gauche), et Sylvain Bélanger, le directeur artistique du CTD’A, devant le Théâtre d'Aujourd'hui.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Jacques Desmarais, le conjoint de Michelle Rossignol (à gauche), et Sylvain Bélanger, le directeur artistique du CTD’A, devant le Théâtre d'Aujourd'hui.

Un an après le décès de la comédienne Michelle Rossignol, son conjoint, Jacques Desmarais, fait un don historique de 1,4 million de dollars au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, permettant la création d’un fonds en son nom pour soutenir des projets artistiques. Il espère par ce geste inciter d’autres donateurs à encourager le milieu culturel.

« Je voulais honorer sa mémoire et m’assurer que son engagement dans le milieu théâtral se poursuive le plus longtemps possible », précise M. Desmarais en entrevue avec Le Devoir. L’idée d’octroyer cette importante somme au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A) lui est venue naturellement, dit-il.

Michelle Rossignol a été une comédienne  active dans le milieu du théâtre québécois et elle a surtout dirigé le CTD’A de 1989 à 1998. Quelques mois avant d’être emportée par le cancer, elle avait évoqué sa volonté d’encourager le centre, alors que le couple se penchait sur ses testaments. « Hélas, elle nous a quittés de façon subite et je me suis retrouvé avec son legs entre les mains », indique son conjoint.

Je voulais honorer sa mémoire et m’assurer que son engagement dans le milieu théâtral se poursuive le plus longtemps possible.

 

Encourager la création

M. Desmarais a finalement choisi d’investir dans un fonds de dotation au nom de sa conjointe, soucieux que son argent génère des revenus à perpétuité. Il précise que le fonds sera géré par la Fondation du Grand Montréal et bonifié par Mécénat Placement Culture et Patrimoine canadien.

Les revenus annuels, évalués à 100 000 $, seront consacrés à différents projets ayant pour but de soutenir la création théâtrale. Parmi les idées retenues : une bourse d’écriture de 10 000 $ à une jeune autrice, du soutien à un ou une artiste en résidence, la relecture d’une pièce du répertoire québécois, une résidence de création ou encore une aide à la production d’une première pièce.

« Il y a vraiment une volonté d’honorer la qualité du travail de préproduction. […] Avec ce don, Michelle Rossignol vient rappeler que le développement est aussi important que la production dans le milieu théâtral », explique pour sa part le directeur artistique du CTD’A, Sylvain Bélanger.

Les projets ont de plus été pensés afin de respecter les « valeurs chères » à la défunte comédienne, ajoute-t-il, soit l’égalité des sexes et des genres, la justice sociale et la diversité culturelle. La première cohorte d’artistes et de projets soutenus sera d’ailleurs dévoilée l’automne prochain.

Mais pour Sylvain Bélanger, ce « généreux don » représente bien plus qu’un encouragement et une aide au développement. « C’est un véritable témoignage d’amour de Michelle Rossignol vis-à-vis de nos institutions, de nos outils de créations dans le milieu culturel et théâtral en particulier », note-t-il.

Souhaitant honorer à sa façon la mémoire de cette grande dame du théâtre et souligner son engagement, le CTD’A rebaptisera sa salle principale en son nom.

Ce n’est pas tous les jours qu’un organisme culturel québécois reçoit un appui aussi généreux de la part d’un donateur. Par ce geste philanthropique, Jacques Desmarais espère d’ailleurs donner l’exemple et inspirer d’autres personnes à encourager le milieu. « C’est plutôt gratifiant de choisir cette voie, assure-t-il. Il y a en plus des programmes gouvernementaux qui favorisent ces donations avec des avantages fiscaux et un appui concret aux dons en doublant, voire triplant, la somme octroyée. »

La philanthropie culturelle joue un rôle très important pour les organisations artistiques. Or, avec la pandémie, plusieurs ont vu leurs dons chuter, entre autres à cause de l’annulation des traditionnels événements-bénéfice.

Les Québécois ont été dans l’ensemble moins généreux en 2020, note l’Étude sur les tendances en philanthropie au Québec, menée par la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode. On évalue la perte à environ 200 millions de dollars dans l’assiette totale de dons au Québec, sur les 3 milliards habituellement recueillis en moyenne. Avant de faire un don en culture, les donateurs vont préférer offrir leur argent pour l’environnement, l’éducation, la protection des animaux, ou encore la religion. L’an dernier, seuls 7 % des donateurs ont apporté leur soutien au milieu culturel.

 

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