Italie - Retour aux origines pour la Scala

Milan — Après deux ans et demi de représentations forcées à l'extérieur, le théâtre lyrique de la Scala revient dans ses murs du centre de Milan, remis à neuf, pour une saison 2004-05 qui se veut comme une «renaissance symbolique».

La saison s'ouvrira comme le veut la tradition le 7 décembre, par une soirée inaugurale de fête avec à la baguette le maître des lieux, Riccardo Muti, et au programme l'oeuvre qui justement avait inauguré le théâtre néo-classique de Piermarini lors de son ouverture en 1778.

Il s'agit de l'opéra d'Antonio Salieri, Europa Riconosciuta (Europe reconnue), oeuvre qui avait depuis totalement disparu du répertoire de la Scala. «Nous sommes au début d'un soleil nouveau», a prophétisé hier le maestro Muti lors de la présentation de la nouvelle saison.

Le rendez-vous avait été organisé sur la scène du théâtre en cours de modernisation, entre échafaudages, coups de marteaux et vrombissement de scies électriques.

Les bruits du chantier n'ont pas manqué de provoquer la colère du chef d'orchestre, intraitable sur la qualité du silence devant entourer ses paroles comme de celui devant accompagner ses coups de baguette.

Un théâtre entièrement rénové, une machine scénique flambant neuve et ultrasophistiquée, des salles de répétitions nouvelles: «Nous héritons d'un écrin magnifique [...] nous n'aurons plus d'excuses. À nous de remplir cette enveloppe d'idées», a médité tout haut le directeur musical napolitain.

«Il s'agira d'une première fortement symbolique», a résumé pour sa part le nouveau directeur de la programmation, Mauro Meli. Un retour aux sources à plus d'un titre alors que la Scala a passé un peu plus de deux saisons dans le théâtre moderne des Arcimboldi, construit pour l'occasion en périphérie milanaise, le temps de rénover l'ancien.

Avec une nouvelle machinerie plus efficace, le théâtre espère pouvoir accroître la cadence de ses représentations, passant de 80 représentations d'opéra en 2003-04 à 118 programmées pour la future saison, indique M. Meli.

L'objectif à terme est d'offrir 150 représentations par année et de multiplier par trois le nombre des abonnés, à 15 000 contre 5000 aujourd'hui, poursuit le directeur de la programmation.

Après les représentations de l'oeuvre de Salieri jusqu'à la mi-janvier, le théâtre de Piermarini connaîtra un nouvel intermède jusqu'à la mi-mars, le temps de mettre au point de manière définitive les nouvelles machineries de la scène.

Le reste de l'année se jouera pratiquement en alternance, entre le moderne théâtre des Arcimboldi et l'ancien restauré, avec des reprises comme l'Otello mis en scène par Graham Vick et conduit par Muti, et des invités de marques comme Jeffrey Tate pour diriger le Tannhäuser de Richard Wagner.

Le surintendant (directeur général) de la Scala, Carlo Fontana, a dressé un bilan satisfaisant des deux années d'exil et du théâtre de substitution: «Depuis l'ouverture en janvier 2002 du théâtre des Arcimboldi, nous avons accueilli 860 000 spectateurs et en 2003, nous avons fait 7 % de recettes en plus.»