Un art qui refuse de se laisser mourir

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
«Peau d’vache» au Théâtre du Bic. Une seule comédienne sur scène accompagnée par des personnages projetés en vidéo permettant ainsi de respecter la distanciation physique.
Photo: Marc Lepage «Peau d’vache» au Théâtre du Bic. Une seule comédienne sur scène accompagnée par des personnages projetés en vidéo permettant ainsi de respecter la distanciation physique.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Dès les premiers signes de la pandémie, compagnies de théâtre, diffuseurs, dramaturges, tous ont retroussé leurs manches afin que cet art qu’on qualifie de vivant puisse survivre.

South Miller est cofondatrice et directrice artistique des Sages Fous, une compagnie de dompteurs de marionnettes sauvages installée à Trois-Rivières. Ces jours-ci, les réunions s’enchaînent et toute l’équipe est occupée non pas à faire DU théâtre, mais à faire UN théâtre : « On est au centre d’un projet palpitant, soit la transformation en lieu de diffusion et en centre de création d’un immeuble qui date de 1707 et qui abritait un monastère et une petite chapelle », raconte South Miller. Elle ajoute que pour la compagnie, ce projet qui deviendra à terme la Fabrique de théâtre insolite arrive à point nommé : « On se dit que puisque toutes nos tournées sont annulées, on peut consacrer tout notre temps à ce projet. » C’est que les Sages Fous avaient l’habitude de partir en tournée cinq mois par année. « Ce nouveau lieu va nous permettre de développer de nouveaux publics. C’est sécurisant. »

Respecter les engagements

Ailleurs, même si on garde le moral, c’est plus difficile. Le Théâtre du Bic a pu ouvrir ses portes quelques semaines durant l’été et à l’automne avant que la région ne repasse en zone rouge au début du mois de décembre. Malgré tout, un premier spectacle est programmé pour la fin janvier : « Ça nous fait chaud au cœur que le public soit avec nous et que les billets aient déjà commencé à se vendre, j’espère que ça va marcher », lance Stéphanie Therriault, directrice de la programmation. En plus de ses représentations, le Théâtre du Bic mise aussi sur la recherche théâtrale : « En mars dernier, quand on s’est rendu à l’évidence qu’il fallait annuler des spectacles, ma priorité a été de soutenir ceux avec qui on s’était engagés. On leur a offert de présenter leur spectacle s’il respectait les règles de santé publique ou de l’adapter. Si ces deux options devenaient impossibles, on leur proposait une résidence de création », explique Mme Therriault.

D’autres expériences du genre ont eu lieu, entre autres au théâtre À tour de rôle, à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie : « L’été dernier, le théâtre est resté fermé. Et on a remis à 2021 la présentation de la création Une journée, de Gabrielle Chapdelaine. À la place, on a mis nos énergies dans des activités de création », raconte Dany Michaud, directeur artistique du théâtre.

En mars dernier, quand on s’est rendu à l’évidence qu’il fallait annuler des spectacles, ma priorité a été de soutenir ceux avec qui on s’était engagés

 

À tour de rôle a l’habitude de présenter des créations. Ces pièces s’écrivent généralement sur une période de deux ou trois ans : « Dans le but de faire travailler des artistes, on a accéléré le rythme de création de deux productions et on a créé un autre projet pour la communauté », explique le directeur. Une semaine de création a permis de faire avancer le projet de pièce de Dany Michaud Étude non scientifique sur la fidélité de l’espèce, qui sera présentée en 2022. « On a accéléré le projet Windsor, une création de Juliana Léveillé-Trudel », ajoute-t-il.

Chacun à son rythme

Afin de briser l’isolement des personnes âgées, Dany Michaud a par ailleurs eu l’idée d’un projet d’ateliers d’écriture avec l’autrice Sophie Gemme. Ces ateliers se déroulent tout l’hiver et on y explorera le confinement. « On prévoit même une levée de rideau en présence des auteurs au printemps prochain. »

Depuis plus de vingt ans, les Voyagements accompagnent les productions de théâtre de création aux quatre coins du Québec et de la francophonie canadienne. Manon Morin en est la directrice : « Malgré la pandémie, les activités se poursuivent, que ce soit en présentations restreintes avec le public en salle là où on peut encore le faire, ou encore par des captations. » Les Voyagements sont là autour des spectacles en salle, « on organise avec les diffuseurs des médiations, des activités qui vont vers les publics », explique la directrice. Ces activités peuvent prendre la forme de résidences. « De nombreux diffuseurs s’y mettent dans le but de rester en contact avec les artistes et les publics », ajoute Manon Morin. En attendant la vraie rencontre, ils utilisent aussi les captations : « Chacun d’entre eux poursuit à son rythme. »

Le secteur des arts vivants reçoit des aides de la part du gouvernement. « Rien n’est parfait, mais chacun regarde jusqu’où et comment il peut programmer. Oui, les diffuseurs ont d’abord fait, puis ils ont défait pour refaire à nouveau, et nous on est là pour les appuyer », conclut Manon Morin.