Contre vents et marées

Marie Fradette Collaboration spéciale
Comme les représentations devant les enfants étaient impossibles, les théâtres et compagnies ont mis sur pied des ateliers permettant aux jeunes d’entretenir un lien significatif avec les arts vivants en contexte de pandémie.
Photo: Courtoisie La Maison Théâtre Comme les représentations devant les enfants étaient impossibles, les théâtres et compagnies ont mis sur pied des ateliers permettant aux jeunes d’entretenir un lien significatif avec les arts vivants en contexte de pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Créateurs et diffuseurs s’unissent pour maintenir le lien précieux avec les enfants, imaginent divers ateliers, projets, gardent la tête haute et avancent dans le présent avec passion. Simon Boudreault, directeur artistique duThéâtre de l’Œil, et Sophie Labelle, directrice artistique de La Maison Théâtre,parlent avec engagement de cette étrange, mais créative période.

C’est en pleine pandémie que Simon Boudreault prend en charge la direction artistique du Théâtre de l’Œil, compagnie spécialisée dans le théâtre de marionnettes pour jeunes publics. Si la COVID-19 a modifié quelques façons de faire, obligé notamment une fermeture complète de l’atelier pendant deux mois, Boudreault et son équipe n’ont pas perdu de temps et ne se sont pas laissés trop impressionner par la bibitte. Tous liés par un désir d’avancer malgré tout, tissés serrés, ils ont, dès la réouverture, mis la main à la pâte et même oublié les vacances prévues pour ne rien retarder. « Ça a été un gros casse-tête au début, mais on a réajusté l’atelier avec des plexiglas, des visières. C’était beau et rassurant de voir que tout le monde était ravi de continuer. » Les répétitions en vue de la présentation de la nouvelle création — Furioso — ont ainsi débuté en septembre, sans savoir s’il serait possible de jouer. « Notre première était prévue pour le 26 novembre. On a su le 14 qu’il n’y aurait pas de représentation publique. Mais on a fait des enchaînements devant des diffuseurs le 26 novembre. Le show a été complètement créé pendant la pandémie », souligne Boudreault avec fierté.

Il faut continuer à vivre et pas juste survivre. Est-ce qu’on va jouer ? On ne le sait pas, mais on répète pour avoir le meilleur show possible.

Et pendant ce temps, comme lesreprésentations devant les enfants étaient impossibles, le Théâtre a imaginé des activités de médiation en classe — un atelier sur l’art de la marionnette — afin de maintenir le lien avec les écoles. « Ça ouvre une soupape et les artistes sont heureux de voir les yeux brillants des enfants », note le directeur artistique. Si l’importance de garder le lien avec les jeunes est indéniable dans cette offre, Boudreault souligne aussi la nécessité de fairetravailler les artistes. « On essaie du mieux qu’on peut de contribuer à une mini-sécurité ou à un soutien à notre échelle. On a choisi ce métier par passion. Ça ne nous sert à rien de garder cet argent-là pour d’éventuels projets. » Humainement parlant, faire travailler les artistes sans savoir ce qui adviendra demain, aller à la rencontre des enfants est primordial pour la compagnie. « On aurait pu décider de tout décaler, mais ça n’auraitfait que reporter le problème. Continuer contre vents et marées, ça crée une solidarité humaine. Il faut continuer à vivre et pas juste survivre. Est-ce qu’on va jouer ? On ne le sait pas, mais on répète pour avoir le meilleur show possible. On cultive le moment présent. Pour le reste, on verra. »

Faiseur de liens

La Maison Théâtre, diffuseur de spectacles jeunesse, ne s’est pas non plus tourné les pouces depuis mars. Pour maintenir le lien avec l’idée de la représentation, sensibiliser les enfants au théâtre, la directrice artistique Sophie Labelle et son équipe ont mis sur pied des ateliers particuliers permettant aux jeunes d’entretenir un lien significatif avec les arts vivants en contexte de pandémie. Un sprint créatif — sprintcreatif.org — réunissant une trentaine de personnes a donné lieu à une offre d’ateliers conçus pour être faits en virtuel. « On ne voulait pas adapter un truc fait pour le présentiel en virtuel. Alors on a créé au final trois ateliers : “Plaisir de créer” pour les élèves du primaire — qui comprend du théâtre clownesque pour le premier cycle et des marionnettes et objets pour le 2e cycle du primaire — et “Créer du sens”, basé sur du théâtre à texte, pour les élèves du secondaire.  En marche depuis le mois d’octobre, les ateliers fonctionnent très bien. On va approcher les 200 ateliers. Ça, c’est 200 classes. »

On essaie du mieux qu’on peut de contribuer à une mini-sécurité ou à un soutien à notre échelle

 

S’ajoute à ces activités un projet né sous l’impulsion de Jean-François Guilbault, directeur artistique del’Arrière-Scène, et créé en collaboration avec la Maison Théâtre et Les Gros Becs. « C’est un projet fondamental explique Sophie Labelle. « Comme tout le monde, la question des captations s’est posée dans notre milieu. On l’a revirée dans tous les sens, puis […] on s’est entendus tous les trois, Jean-François, Amélie Bergeronet moi, sur l’idée d’un projet de théâtre audio à écouter dans les classes, que l’on a appelé “L’emporte-pièces”. Un projet qui devrait se rendre jusqu’aux oreilles des enfants et des professeurs au printemps.  On travaille fort là-dessus et c’est une solution qui correspond selon nous beaucoup plus aux besoins que peuvent avoir d’une part, les enseignants et d’autre part, les enfants et les ados. Et c’est un projet qui va survivre à la pandémie. On pense que les objectifs sont différents et que c’est une très belle complémentarité à la sortie en salle », conclut avec enthousiasme la directrice artistique.