Le coeur battant de la vie théâtrale

Rose Carine Henriquez Collaboration spéciale
Pandémie ou pas, les artistes ne cessent de créer et c’est tant mieux. Le Théâtre La Chapelle continue de recevoir les équipes artistiques dans ses installations, tout en respectant à la lettre les règles sanitaires, comme ici, lors de la répétition de la pièce «Habibi's Angels», de Sophie Gee.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Pandémie ou pas, les artistes ne cessent de créer et c’est tant mieux. Le Théâtre La Chapelle continue de recevoir les équipes artistiques dans ses installations, tout en respectant à la lettre les règles sanitaires, comme ici, lors de la répétition de la pièce «Habibi's Angels», de Sophie Gee.

Ce texte fait partie du cahier spécial Théâtre

Malgré les jours incertains et les scènes silencieuses, la roue de la création et de la réflexion continue de tourner en vase clos et les théâtres se tiennent prêts.

La distanciation physique, l’installation de signalisation, le port du masque obligatoire, la mise en place d’un questionnaire sanitaire, les places assignées, l’achat en ligne privilégié des billets, la fermeture des vestiaires et des bars, tels sont quelques exemples d’une longue liste de mesures sanitaires que les théâtres ont mises en place afin d’accueillir leur public longtemps absent. Ils étaient prêts, disent-ils, lors de la brève réouverture de l’été 2020 et ils le sont toujours.

L’Espace Libre a par exemple revu complètement l’agencement de sa salle principale en enlevant les gradins et les sièges en tissu, et en réduisant considérablement sa capacité maximale pour la faire passer de 180 places assises à 46. Le tout en plein chantier de rénovations commencé en 2019, et qui devait prendre fin au début 2020. Jusqu’à ce que la pandémie s’en mêle.

Créer pour ne pas s’oublier

Malgré les semaines ponctuées des points de presse gouvernementaux, un travail essentiel et invisible se poursuit dans les locaux de plusieurs théâtres montréalais. « C’était vraiment important que des artistes qui devaient normalement jouer cette saison puissent quand même être sur scène et avoir quelque chose à faire, à dire, à présenter au public pour qu’ils ne perdent pas totalement ce qu’ils avaient », déclare Geoffrey Gaquère, directeur artistique de l’Espace Libre. Donc, depuis juillet, des mises en lecture, des laboratoires, des répétitions ont lieu, toujours dans l’attente et à l’affût d’une possible reprise.

Si, en ce moment, les artistes ne peuvent pas être à l’oeuvre pour réfléchir au demain du Québec, du Canada, c’est inquiétant sur le plan de la santé de notre société

 

En effet, pandémie ou pas, les artistes ne cessent de créer et c’est tant mieux, plaide le Conseil québécois du théâtre (CQT). Il pourrait même y avoir un plus grand nombre d’entre eux au travail par le biais de la création, selon Anne Trudel, présidente du CQT. « Le théâtre est pour nous un lieu de réflexion, de guérison, un lieu pour réfléchir à l’avenir de notre société, plaide-t-elle. Si, en ce moment, les artistes ne peuvent pas être à l’œuvre pour réfléchir au demain du Québec, du Canada, c’est inquiétant sur le plan de la santé de notre société. »

La même expérience a aussi lieu au théâtre La Chapelle, qui reçoit les équipes artistiques de sa 30e saison anniversaire dans ses installations, tout en respectant à la lettre les règles sanitaires. « Ça nous a demandé d’être vigilants, car malgré toute notre connaissance des consignes, on voit bien qu’il y a toujours des petits ajustements à faire », mentionne Olivier Bertrand, directeur général et artistique de La Chapelle.

Entre prudence et espoir

L’espoir que nourrissent les théâtres est bien sûr de renouer le plus rapidement avec leur public. « On est mobilisés pour pouvoir reprendre. Le lien entre le public et les artistes est toujours essentiel et on essaie de le maintenir, souligne Geoffrey Gaquère. On se rend compte de la nécessité de cette rencontre et du fait qu’il y a des gens qui ont besoin de rêver, de réfléchir, d’être en communication avec les uns et les autres. »

En attendant, tous continuent à réfléchir aux différentes manières de se conformer aux mesures dans l’enceinte des théâtres et jusque sur la scène. « On s’organise en conséquence pour avoir des équipes artistiques qui soient compatibles avec ces mesures, tant sur scène que dans les espaces de loges. On travaille donc avec de petites équipes », indique Olivier Bertrand, faisant référence à la saison 2021-2022 déjà en préparation. Les projets à grand déploiement ne seront donc pas pour tout de suite.

Il faut toutefois faire attention, selon la présidente du CQT, car une reprise ne se fait pas en un tour de main. « C’est sûr que les lieux se préparent, qu’ils sont prêts, que l’espoir demeure. Mais ces lieux ont aussi besoin de temps, dit-elle. Cette notion de prévisibilité est très importante pour notre milieu, les artistes ont besoin de temps pour créer, les théâtres ont besoin de temps pour ouvrir, et pouvoir assurer une viabilité financière. »

De scénario en scénario, entre les plans qui se font et se défont, les craintes quant à l’avenir restent vivaces, notamment sur la précarité du milieu, la fidélité du public ou le positionnement gouvernemental face à la culture. Pourtant, au-delà de la prudence, il y a aussi une bonne dose d’espoir.